TRADUCTION DE M. DELILLE
Prêtre du dieu des mers, pour le rendre propice,
Laocoon offroit un pompeux sacrifice,
Quand deux affreux serpents, sortis de Ténédos,
(J'en tremble encor d'horreur), s'allongent sur les flots;
Par un calme profond, fendant l'onde écumante,
Le cou dressé, levant une crête sanglante.
De leur tête orgueilleuse ils dominent les eaux ;
Le reste au loin se traîne en immenses anneaux.
Tous deux nagent de front, tous deux des mers profondes,
Sous leurs vastes élans, font bouillonner les ondes.
Ils abordent ensemble, ils s'élancent des mers;
Leurs yeux rouges de sang lancent d'affreux éclairs,
Et les rapides dards de leur langue brûlante
S'agitent en sifflant dans leur gueule béante.
Tout fuit épouvanté. Le couple monstrueux
Marche droit au grand-prêtre; et leur corps tortueux
D'abord vers ses deux fils en orbe se déploie,
Dans un cercle écaillé saisit sa foible proie.
io8 Poésies de Malfilâtre.
L'enveloppe, l'étouffé, arrache de son ilanc D'affreux lambeaux suivis de longs ruisseaux de sang. Leur père accourt : tous deux à son tour le saisissent, D'épouvantables nœuds tout entier l'investissent ; Deux fois par le milieu leurs plis l'ont embrassé, Deux fois autour du cou leur corps s'est enlacé ; Ils redoublent leurs nœuds, et leur tête hîdeuse Dépasse encor son front de sa crête orgueilleuse. Lui, dégouttant de sang, souillé de noirs poisons, Qui du bandeau sacré profanent les festons, Roidissant ses deux bras contre ces nœuds terribles, Il exhale sa rage en hurlements horribles. Tel d'un coup incertain par le prêtre frappé. Mugit un fier taureau de l'autel échappé, Qui du fer suspendu victime déjà prête, A la hache trompée a dérobé sa tête.
Enfin, dans les replis de ce couple sanglant, Qui déchire son sein, qui dévore son flanc, II expire... Aussitôt l'un et l'autre reptile S'éloigne; et, de Pallas gagnant l'auguste asile. Aux pieds de la déesse, et sous son bouclier. D'un air tranquille et fier va se réfugier.
Page 98, vers 18. — Malfilâtre, quoique possédant parfaitement les règles de la langue et de la versification, ignoroit sans doute que V/i du mot hors est aspirée, et que par conséquent Ve muet qui le précède ne doit point être élidé. On a déjà pu remarquer la même faute au sujet du mot hideux (voy. p. 32). Il est à croire qu'il eiat fait disparoître ces petites imperfections, si la mort lui eût laissé le temps de revoir et de faire imprimer lui-même son poème.
ODES ET TRADUCTIONS
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