LE PROPHETE ELIE ENLEVÉ AUX CIEUX
Ode.
Cùmque pergerent et incedentes sermocinarentur, qccq currus igneus et equi ignei diviserunt utrumque : et ascendit Elias per turbinera in cœluin.
Reg., lib. IV, cap. n, t. ii.
QUEL cercle éclatant m'environne !
D'où part ce déluge d'éclairs ?
Quelle source de feu bouillonne, Et soudain embrase les airs !
Plus prompts que les traits du tonnerre, Des coursiers fondent sur la terre Et bondissent parmi les feux.
Oii tend ce tourbillon rapide, Et quel conducteur intrépide Vole sur un char lumineux?
Odes et Traductions.
Est-ce toi qui viens, Dieu suprême, Remplir le monde de terreur?
Veux-tu le dévorer toi-même Par le souffle de ta fureur ?
Est-il venu, ce jour de crainte, Ce jour où ta majesté sainte Doit prononcer ses jugements, Et sur une nue enflammée Parcourir la terre alarmée Au bruit de la foudre et des vents ?
Elisée, ah ! c'est ton cher maître.
O regrets ! ô cris superflus !
Il fuit, il vient de disparoître.
Hélas ! tu ne le verras plus ! Oui, c'est lui, douleur immortelle !
C'est mon guide ; en vain je l'appelle, En pleurant je lui tends les bras; Mais à mes yeux il se dérobe, Et déjà vers un autre globe Il s'élance et ne m'entend pas.
Qui consolera ma patrie De cet événement cruel ?
Quel mur contre l'idolâtrie S'élèvera dans Israël ?
Peuple, accablé de ta tristesse.
Tu n'as plus celui qui sans cesse Brûloit de zèle pour ta loi.
De ton char il tenoit les rênes,
ii8 Poésies de Malfilâtre.
Et de tes tribus incertaines, ' Lui seul afFermissoit la foi.
Je l'ai vu rendre ses oracles, Libre et vrai dans tous ses discours.
De la nature, sans obstacles.
Je l'ai vu suspendre le cours.
Aux ordres de sa voix puissante Sur nous la nue obéissante Retenoit ou versoit ses eaux.
Par des prodiges manifestes, Il fit tomber les feux célestes, Ouvrit ou ferma les tombeaux.
Ses merveilles nous étonnèrent :
C'en est fait, il n'est plus pour nous; Et les cieux qui nous le donnèrent De ce grand homme sont jaloux.
Leur vaste sein s'ouvre et l'embrasse.
Ah ! que ne puis-je sur sa trace Voler dans ce lieu fortuné !
O vous qui m'aimiez, ô mon père !
Pourquoi, sur ce triste hémisphère.
M'avez- vous donc abandonné?
Arrête, serviteur fidèle.
Les pleurs qui coulent de tes yeux :
De son esprit et de son zèle
Tu reçois les dons précieux.
Succède à ce ministre sage ;
Mais, hélas ! que de jours d'orage
Odes et Traductions. np
Naîtront pour toi de cet honneur!
De ton maître l'illustre vie Fut sur le point d'être ravie Par les ennemis du Seigneur.
Grand Dieu ' ton équité répare Les outrages que tu permis.
Périsse la reine barbare, Qui fait la guerre à tes amis; Dieu vengeur qu'elle persécute, Apprends aux hommes par sa chute A ne pas braver l'Éternel.
Effrayés de son sort funeste, Ils diront : Voilà ce qui reste De l'orgueilleuse Jézabel.
Loin de cette femme implacable, Jouissez d'un destin plus doux; Prophète, le bras qui l'accable Prodigue ses bienfaits sur vous.
Conduit par de brillantes routes.
Au-dessus des célestes voûtes.
Attendez le temps limité.
Pour nous alors, ange propice, Vous viendrez fléchir la justice Du souverain juge irrité.
ALLUSION
Du Très-Haut sublime interprète, Vous n'avez point connu la mort :
120 Poésies de Malfilâtre.
Avec vous nul autre prophète N'a partagé cet heureux sort.
L'instant qui nous donne la vie, Dans notre âme au corps asservie^ De la mort imprime le sceau.
Tu n'as point connu nos ténèbres, O Vierge ! et les ombres funèbres N'ont point entouré ton berceau.