LA PRISE DU FORT SAINT-PHILIPPE
Ode.
Du haut de son trône immobile, Au-dessus des temps et des airs, Dieu voit sous lui, d'un œil tranquille, Rouler tous les globes divers.
Il parle, et soudain, sur leurs ailes, Ses anges, ministres fidèles.
Portent la mort et la terreur.
Lorsque sur la sphère où nous sommes Pour punir les enfants des hommes, Il veut envoyer sa fureur.
Tel est ce monarque suprême, En qui le Dieu de majesté Prit plaisir à graver lui-même Les traits de sa divinité.
122 Poésies de Malfilâtre.
Du Très-Haut image visible, Louis apprend, d'un front paisible, De ses voisins les vains complots :
Forcé de leur, faire la guerre, Il a déjà mis son tonnerre Entre les mains de ses héros.
Ils volent avec assurance Sous les drapeaux de Richelieu :
Il sera l'ange de la France Comme Louis en est le dieu.
Allez, troupe illustre et chérie, Vengez l'honneur de ma patrie, Sous les auspices de mon roi; Il enchaînera la fortune Sur les campagnes de Neptune Comme aux plaines de Fontenoi.
Un peuple inquiet et parjure Se rit des traités les plus saints ; A travers son intrigue obscure, On voit l'orgueil de ses desseins :
Peuple fier, du sein de tes ondes, Tu prétends régir les deux mondes, Et seul dominer sur les mers.
Dragon superbe, la tempête Bientôt écrasera ta tête, Que couronnent les flots amers.
Tu n'as point appris à connoître,
Dès longtemps, quels sont les François.
Odes et Traductions. 123
Tu veux encor faire renaître Et tes malheurs et leurs succès.
Insensé!... Mais, dans leur enceinte, Tes îles, frémissant de crainte, Plaindront tes horribles tourments, Quand, abattu sur ton rivage, Tu feras éclater ta rage Par d'effroyables sifflements.
Déjà dans Minorque alarmée, Nos légions jettent l'effroi.
Et c'est par là que notre armée S'avancera jusques à toi. Lorsqu'elle entre dans la carrière.
Par cette puissante barrière, En vain tu voudrois l'arrêter :
Elle va, malgré mille obstacles, Y préluder par des miracles.
Aux coups qu'elle doit te porter.
Quel est ce roc inaccessible, Pareil aux antiques géants.
Qui presse de son poids horrible Le séjour des mânes tremblants ?
Sur son front le tonnerre gronde; De sa bouche énorme et profonde Il vomit des torrents de feux; Mais, en l'attaquant, nos Alcides Bravent tous les traits homicides.
Que ses cent bras lancent sur eux."
124 Poésies de Malfilâtre.
De toute part, pour sa défense, La mer enfante des vaisseaux ; Et tels qu'une forêt immense, Leurs mâts s'élèvent sur les eaux.
Byng combat; il cède, il soupire.
Et des mers nous laissant l'empire, Dans Albion fuit en courroux.
Richelieu, le fort, presque en poudre, Se soumet et suspend ta foudre :
C'en est fait, Minorque est à nous.
Par des louanges immortelles Chantons l'arbitre des combats, Qui, selon ses lois éternelles.
Ébranle ou soutient les États.
Dans un amas d'armes fragiles Et dans des vaisseaux inutiles L'Anglois a mis tout son appui :
Louis le met en ta justice; Il veille sur nous, Dieu propice :
Daigne à jamais veiller sur lui.
ALLUSION
O Vierge ! c'est à la victoire Que je consacre ces accents; Reçois, du séjour de la gloire.
Mes hommages et mon encens.
Richelieu, ce foudre de guerre, A de la superbe Angleterre
Odes et Traductions,
Forcé le rempart le plus fier.
Le cœur auguste de Marie A triomphé de la furie Et des puissances de l'enfer.