‹ PoésiesChapitre 18 sur 29 · LOUIS LE BIEN-AIME SAUVÉ DE LA MORT · texte numérisé non relu

LOUIS LE BIEN-AIME SAUVÉ DE LA MORT

Ode.

VERS nous, au piilieu d'un orage, Quel démon s'avance en fureur ; Dans ses flancs, un épais nuage L'apporte et recule d'horreur.

Il voit des Lys l'heureux empire ; Il voit, il s'arrête, il soupire; Sa voix éclate dans les airs ; Et pénétrant les voûtes sombres, Ces mots portés au sein des ombres Font mugir le fond des enfers :

« Des nations superbe reine, Fatal objet de mon courroux, Braveras-tu toujours la haine Et les traits d'un démon jaloux?

Odes et Traductions, izj

O France! ô nom que je déteste!

Depuis ta naissance funeste, Je te poursuis pour t'accabler; Et par le temps même affermie, Tu ris de la main ennemie Qui te frappe sans t'ébranler.

« En vain donc je souffle la guerre, Contre toi, contre ta grandeur !

Les vains projets de l'Angleterre Ne font qu'augmenter ta splendeur.

Les traits que ma fureur te lance.

L'ange qui veille à ta défense Sur moi les fait retomber tous.

Trembie, c'en est fait, un barbare Me venge enfin et te prépare Le plus terrible de mes coups. »

Il dit : mille vapeurs funèbres

Redoublent l'horreur de la nuit :

Dans le silence des ténèbres,

Un monstre marche, un glaive luit.

Mais quel bruit ! La voix du tonnerre

Ébranle les cieux et la terre;

La nature en pâlit d'eff'roi.

Un bras... le coup part, le sang coule;

On s'écrie, on accourt en foule.

Hélas, c'est le sang de mon roi !

O mon Dieu ! cette tête chérie Penche déjà vers le cercueil.

Je t'entends, ma triste patrie;

Quels cris touchants ! quel vaste deuil !

Prosternée au pied de ce trône

Que l'ombre mortelle environne,

Tes larmes inondent ton sein;

Tu trembles pour les jours d'un père,

Et tu frémis d'être la mère

De son exécrable assassin.

O vengeance ! ô forfait atroce !

Quoi donc, tes sacrilèges mains Ont pu frapper, monstre féroce.

Le plus aimable des humains !

Que, pour punir ta barbarie, La plus implacable furie Invente un supplice nouveau, Et que tout le feu de la foudre Brûle, écrase, réduise en poudre Le toit qui te vit au berceau !

Pourquoi ces nouvelles alarmes ?

Quoi, cher prince !... hélas ! il n'est plus !

Quel coup ! On se tait., plus de larmes.

Tous sont consternés, abattus.

Mais, rompant ce morne silence,

La renommée et l'espérance

Ont fendu l'air d'un vol léger.

Renais, peuple sensible et tendre ;

Déjà l'écho te fait entendre

Que ton roi n'est plus en danger.

Odes et Traductions. i20

Il vit. France, bannis ta crainte.

Il vit. Ton ange protecteur Descend de la céleste enceinte Et vient confirmer ton bonheur.

Ange heureux, tu nous rends la vie I Tu terrassas l'affreux génie, Et son œil farouche en rougit.

Le cruel, d'une dent sauvage, Mord sa chaîne, écume de rage, Regarde Louis et rugit.

Qu'il vive, ce roi qu'on adore !

Le péril dont il sort vainqueur Nous l'a rendu plus cher encore :

Notre amour croît par la douleur.

Qu'il fasse le bonheur du monde, Dans le sein de la paix profonde, Que nous promettent nos succès !

Qu'il règne environné de gloire.

Aussi longtemps que sa mémoire Vivra dans le cœur des François.

ALLUSION

La tristesse monta ma lyre, La joie en ranime les airs.

Puisse mon roi connoître et lire Et mon zèle ardent et mes vers !...

Vous-même acceptez-en l'hommage, Vierge sainte; sous son image,

Poésies de Alalfilâtre.

J'ai voulu tracer votre sort.

Vous avez, grâce au ciel propice.

Des enfers bravé la malice :

Il a triomphé de la mort.

Page 1