‹ PoésiesChapitre 12 sur 15 · CHARIVARI · texte numérisé non relu

CHARIVARI

Puisqu'il vous faut, Mademoiselle, Quelques vers de mon encrier, Je vais y mettre tout mon zèle :

Vous allez dor.c vous marier?

Oa va tirer des canonnades Pour l'épouse'e et le mari.

Ou IcLir donner des se'renades:

-Mais, moi, j'offre un charivari.

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Car c'est notre vice ordinaire, A nous vieillards, d'être envieux.

Et moi, qu'on dit quadragénaire, Je suis déjà pour vous un vieux.

Vous allez donc être la femme De ce monsieur; plus de joujoux!

Mais chacun vous dira «Madame», Et quel chignon! que de bijoux!

On dit du bien de ce jeune homme 11 ne fait rien : joli métier!

11 est riche et brave; on renomme Son maître d'armes, son bottier.

Ses jambes fines et nerveuses Font de lui le premier polkeur :

Son col rend les vierges rêveuses :

Vous l'aimez de tout votre cœur.

11 est vrai que l'autre semaine Vous ne l'aviez pas encor vu.

Mais un mari qu'on vous amène A toujours un charme imprévu.

Charivari ^33

Puis c'est le choix de votre père :

11 faut bien que vous l'approuviez.

Il est brun, sa maison prospère :

C'est bien celui que vous rêviez.

Ses regards ont tant de lumière!

Ses soupirs tant de passion !

Et, d'ailleurs, c'est vous la première Qu'on choisit dans la pension;

Et vos compagnes, les aînées,

Glosent avec un air jaloux

Sur les précoces hyménées...

Elles viendront vous voir... chez vous.

Vous les conduirez à votre aise Du mignon boudoir Pompadour Au grand cabinet Louis treize De votre galant troubadour.

Le divan bleu (vous êtes blonde) Où le corps nage et s'assoupit, Y plongeant comme dans une onde, Les fera jaunir de dépit.

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Puis les robes à longue traîne, Les dentelles sur le velours! Vous triomphez... vous êtes reine...

Hélas! tous les sceptres sont lourds.

On vit souvent l'arbre aimé d'Eve Sécher avant qu'il eût fleuri...

Et quel réveil après le rêve!

Après ramoureu.\, quel mari!

En un moment comme il s'égrène, Le chapelet qu'on défila!

Comme un premier jour de migraine Vous a changé ce monsieur là!

Las! dès le voyage de noce Il était maussade et bougon; Il trouvait la cuisine atroce :

Il a ronflé dans un vagon !

Il refusait une pistole Aux mendiants frileux et nus...

Il s'ennuyait au Capitole, Excepté devant la Vénus!

Charivari 235

Et, sans que votre toux l'arrête, Bien que vous ayez mal au cœur.

Il a repris la cigarette, Le petit verre de liqueur.

Maintenant il baille ou radote...

Ah! les doux propos d'autrefois!

11 vous raconte une anecdote Qu'il vous a redite vingt fois;

Il prend beaucoup de nourriture Et s'endort sitôt qu'il s'assied ; Il voudrait aller en voiture Quand il vous plaît d'aller à pied.

Lui seriez-vous indifférente?

On dirait déjà qu'il vous fuit»' En soir que vous étiez souffrante, Il est rentré passé minuit.

Ah! prenez garde, prenez garde!..

Il est las d'être ainsi reclus.

Aujourd'hui le mari s'attarde, Demain il ne rentrera plus.

2 36 Charivari

Le mal est comme un flot qui monte.

Vient l'ennui, bientôt le dégoût.

Puis le désordre, puis la honte...

Et l'on roule enfin dans l'égout.

« Fi! pensez-vous, le faux prophète!

Fi! le morose empoisonneur !

Pourquoi vient-il en trouble-fête Gâter ainsi tout mon bonheur? »

Chère, innocente créature, Je vous ai dit là sans détours, Non pas votre bonne aventure, Mais l'histoire de tous les jours

Je sais combien est éphémère Le parfum des fleurs d'oranger.

Et combien l'orange est amers Dans la maison de l'étranger.

Si donc votre enfance fiivole Ne rêve que noce et chiffons, Croyez-moi, l'oiseau bleu s'envole Et laisse des chagrins profonds.

Charivari zo-j

Et si, vous croyant amoureuse De cet inconnu, vous voulez Vous marier pour être heureuse.

Ne vous mariez pas, allez I

Mais si vous entendez ce que j'ai voulu dire,

Si vous songez d'avance aux temps froids et m.auvais

Et que la rude épreuve encore vous attire;

Si vous vous écriez : « On souîfre là, j'y vais! »

Si l'avenir vous a parlé sans artifice,

Et que, voyant la route où vous allez courir.

Votre âme ait accepté l'austère sacrifice

D'un passé qui pour vous doit tout entier mourir;

Si, faisant le devoir d'une épouse chrétienne, Prête à suivre cet homme en tout temps, en tout lieu, Vous joignez maintenant votre vie à la sienne Pour qu'ensemble elles soient plus pures devant Dieu;

Cliarivm-i

Si, comprenant déjà l'heure sombre où nous sommes Si, pressentant déjà de terribles défis, Vous voulez des enfants afin qu'ils soient des hommes Et parce qu'à la France il faudra tous ses fils...

Va, jeune fille, va lutter sans défaillance! Va souffrir et sauver la foi que tu défends! Sois épouse, et que Dieu bénisse ta vaillance ! Deviens mère, et que Dieu te garde tes enfants !

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