‹ PoésiesChapitre 8 sur 15 · NAPOLITAINES · texte numérisé non relu

NAPOLITAINES

Le La:[^arone

FOULE barbare et fanfaronne, Alornes enfants des pays froids, Vous méprisez le lazzarone, Esclave accroupi sous ses rois...

Puisque c'est moi qui suis l'esclave, Montrez-moi ce que vous bravez!

A vous la boue^ à moi la lave !

Couchez-vous donc sur vos pavés!

148 Napolitaines

Vous craignez l'eau qui vous enrhume, Le vent, le ciel, la neige et Tair...

A moi l'azur, à vous la brume!

Marchez donc pieds nus en hiver!

Toutes les nuits, sous les étoiles, Dormez d'un calme et chaud sommeil, Frileux qui devez dans vos poêles Vous-mêmes vous faire un soleil.

Si vraiment gouverne et domine Chez vous ce grand peuple ouvrier, Qui sans pain souffre en la famine Et sans feu gèle en février;

S'il est roi, celui qui travaille Jour et nuit, torturant son corps Pour mourir de faim sur la paille...

Je suis donc un dieu, moi qui dorsl...

Plus grand que vous, l'esclave immoni A le droit de vivre en plein air Et d'aller jusqu'au bout du monde En lançant sa barque à la mer.

La Pastoiire

C'ÉTAIT un pré riche et superbe Où la rosée étincelait, Et qu'arrosait, perdu sous l'herbe, De son murmure un ruisselet.

Là venait une fille accorte, -Mais malingre, à l'air souffreteux, Avec ses deux chiens pour escorte, Chassant les moutons devant eux.

Un matin, la pauvre affamée Me dit : u Je suis sans feu ni lieu. Un peu de pain! Ta bien-aimée Te le rendra, plaise au bon Dieu!

i3o Napolitaines

Et moi, vo5-ant déjà sur elle Les ravages des temps mauvais, Dans les mains de la pastourelle Je versai le peu que j'avais.

Dès lors s'écoule mainte année, Si bien que l'herbe aux coups de vent Bien souvent se pencha fanée, Et se releva bien souvent...

Me voici dans le pré qu'entoure Le bruit du ruisselet perdu ; Mais je n'y vois plus la pastoure, Et son pain ne m'est pas rendu.

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