‹ PoésiesChapitre 25 sur 89 · A L'AMOUR · texte numérisé non relu

A L'AMOUR

H éprends de ce bouquet les trompeuses couleurs.

Ces lettres qui font mon supplice ,

Ce portrait qui fut ton complice , Il te ressemble , il rit , tout baigné de mes pleurs.

Je te rends ce trésor funeste , Ce froid témoin de mon affreux ennui :

Ton souvenir brûlant que je déteste

Sera bientôt froid comme lui.

Oh ! reprends tout. Si ma main tremblé encore , C'est que j'ai cru le voir sous ces traits que j'abhorre. Oui , jïai cru rencontrer le regard d'un trompeur ; Ce fantôme a troublé mon courage timide.

Ciel ! on peut donc mourir à l'aspect d'un perfide , Si son ombre fait tant de peur!

Comme ces feux errans dont le reflet égare , La flamme de ses yeux a passé devant mei ; Je rougis d'oublier qu'enfin tout nous sépare ;

Mais je n'en rougis que pour toi.

Que ces froids aentimens s'expriment avec peine ! Amour, que je te hais de m'apprendre la haine !

Éloigne-toi , reprends ces trompeuses couleurs ; Ces lettres qui font mon supplice, , Ce portrait qui fut ton complice , Il te ressemble , il rit, tout baigné de mes pleurs.

Cache au moins ma colère au cruel qui t'envoie ! Dis que j'ai tout brisé , sans larmes , sans efforts !

En lui peignant mes douloureux transports , Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi , reprends les écrits dangereux , Où , cachant sous des fleurs son premier artifice , Il voulut essayer sa cruauté novice

Sur un cœur simple et malheureux.

Quand tu voudras encore égarer l'innocence ,

Quand tu voudras voir brûler et languir,

Quand tu voudras faire aimer et mourir, N'emprunte pas d'autre éloquence.

L'art de séduire est là , comme il est dans son cœur !

Va , tu n'as plus besoin d'étude.

Sois léger par penchant , ingrat par habitude ; Donne la fièvre , Amour, et garde ta froideur. .

Ne change rien aux aveux pleins de charmes

Dont la magie entraine au désespoir :

Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir , Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes. Il n'ose me répondre, il s'envole il est loin.

Puisse-t-il d'un ingrat éterniser l'absence ! Il faudrait par fierté sourire en sa présence ; J'aime mieux mourir sans témoin.

Il ne reviendra plus , il sait que je l'abhorre.

Je l'ai dit à l'Amour, qui déjà s'est enfui.

S'il osait revenir , je le dirais encore.

Mais on approche, on parle.,.. Hélas ! ce n'est pas lui !

7 o ÉLÉGIES.

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