‹ PoésiesChapitre 12 sur 45 · LE CHAUDRONNIER · texte numérisé non relu

LE CHAUDRONNIER

— Voici le chaudronnier, ma brave chère dame, Donnez vite vos vieux meubles, qu'on les étame Cuillères à refondre ou pots à renfiler. Voici le chaudronnier, vous n'avez qu'à parler.

Comme du bel argent, tout mon fer-blanc scintille ; Je suis près de l'église, établi sous la tille, Vous savez ; où, sitôt qu'au beau temps cela plaî.: Je plante ma bicorne et braque mon soufflet.

Mon âne est aussi là, pauvre chétive bêle, Dans un vieux sac à foin, cachant sa vieille tête, Sans y trouver toujours, tant le métier va mal. De quoi s'alimenter, l'innocent animal !

Pas d'argent! dites-vous. Je vous oflre ma bourse

Auprès de moi l'on a toujours de la ressource .

Seulement, pour ne pas me renvoyer en vain,

Donnez-moi, je vous prie, un petit coup de vin.

— Place! petits enfants, sotte marmaille, place ! N'entendez-vous donc pas la cloche de la classe ? Dans vos heures, allez lire votre latin, Je suis bien assez fort pour fondre mon étain.

Ces marmots ont vraiment des façons singulières ! Vont-ils donc m'empêcher de fondre mes cuillères. Et faut-il leur flanquer mon bouillon par le nez, Pour leur apprendre à faire ainsi les étonnés ?

Vingt ménages pourvus de tous leurs accessoires, Des soufflets, des tuyaux de poêle, des passoires, De grands bassins de cuivre, au fond desquels, l'été, L'eau se boit avec tant de sensualité ;

Des lampes, des couloirs à lait pour les laitières, Des huiliers, des chaudrons rouges, des cafetières Dont les ventres au feu sont devenus tout noirs : Des robinets de tous prix et des entonnoirs.

Au retour du printemps, tel est, vaille que vaille. Le cadre dans lequel le chaudronnier travaille, Et le tilleul fleuri saupoudre obligeamment De ses fleurs le rude homme et son encadrement.

Et tout sourit au loin dans l'immense nature.. Les filles vont à l'eau, les bœufs à la pâture.

Surviennent à grand bruit les chevaux d'un meunier, Et chacun dit bonjour au malin chaudronnier.

Et lui, sur son coffret, campé comme un Saint-George, Du printemps à l'automne, il souffle, taille et forge, Simplement pour avoir un boursicaut plus lourd, A reporter l'hiver au pays de Saint-Flour.

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