LE DIMANCHE MATIN
Le samedi, j'ai beau me faire la promesse D'être le lendemain prête à temps pour la messe ; Je. me dépêche, hélas ! tant que je puis ; mais Pas moyen, je le vois, d'y parvenir jamais.
Les vaches, les enfants, la soupe et la fruitière Ont bien vite râflé la matinée entière; Je ne comprends, ma foi, pas bien à quel propos On dit que le dimanche est un jour de repos.
Les vaches, oui, d'abord; croit-on que, le dimanche. Il ne faut pas aussi se retrousser la manche, Pour les traire et porter le laitage au fruitier, Qui n'a pas de répit non plus dans son métier.
Les enfants, ne faut-il pas aussi qu'on les peigne. Et que de leurs souliers l'on graisse au moins l'empeigne Puis, qu'on leur mette au dos leur veste et leur gilet. Sur quoi de leur chemise on rabat le collet.
Et la soupe ! Comment pourrait-on, sur la table,. La trouver à midi fumante et délectable, Si l'on n'y met à temps les choux de la saison, Avec un bon morceau de bonne salaison ?
Et puis, quand c'est fini; quand enfin je m'apprête A mettre aussi moi-même un bout de collerette, Crac ! voilà mon mari qui m'appelle d'un ton Furieux... et me fait lui recoudre un bouton.
Ensuite, pour sa barbe, il veut de l'eau bouillante : Il y va d'une main si lourde et violente Qu'il se coupe et qu'il jure, et me refuse net Le miroir que j'attends pour mettre mon bonnet.
A l'église, j'arrive enfin bien essoufflée ; Je longe à pas de loup toute la grande allée, Pour atteindre ma place auprès du gonfalon, Et dis un chapelet alors tout de son long,
Les yeux sur le curé qui récite Fépitre... Biais bientôt le plain-chant des hommes au pupitre, Et les parfums si doux qu'exhale l'encensoir, Font qu'à la fin je clos la paupière... et bonsoir !
Cependant quand chacun se lève à l'évangile, Je me redresse aussi d'un mouvement agile.
En me promettant bien cette fois d'écouter Ce que le curé va bientôt nous débiter.
Il s'emporte aujourd'hui contre l'ivrognerie ; Là-dessus le curé n'entend pas raillerie ; Le fait est que plus d'un moins endetté serait, S'il n'allait pas aussi souvent au cabaret.
Mais à cela plus d'un répond: — Qu'on me procure Une cave pareille à celle de la cure, Et jamais je ne rentre à l'auberge !... Raison Comme un ivrogne en a constamment à foison.
Ensuite, il fait la guerre aux femmes intraitables. Qui, devant leurs maris si bons, si respectables, Ne se soumettent pas, comme c'est leur devoir; Sitôt qu'ils ont parlé... Je voudrais bien l'y voir!
Puis enfin, il s'en prend à ces évaporées Qui jamais, par le haut, ne sont assez parées, Tandis qu'à leurs talons de bas on voit des trous... Oh! pour cela, bravo ! j'approuve son courroux.
Voilà la messe dite. Aux portes de l'église, Pendant que la moitié du village devise. Devant un bout d'affiche en papier jaune ou vert. Moi, je rentre au galop pour mettre le couvert.