FLUX ET REFLUX
Quand je vins en exil, voilà quatre ans passif, Les arbres du chemin, tout neigeux et glacés.
Semblaient me faire la grimace; On eût dit qu'ils étaient furieux de me voir, Et, gendarmes aussi, qu'ils allaient se mouvoir
Pour m'arrèter, en me cernant en masse.
Aujourd'hui je m'en vais, et, le long des chemins, Tous les arbres ont l'air de se frotter les mains,
Dans leur toilette éblouissante.
Est-ce, de mon départ, pour se féliciter ; Est-ce qu'à revenir ils voudraient m'inviter ?
La question est fort embarrassante.
Quel que fût le passé, quel que fût l'avenir, Parmi les bonnes gens dont j'aimais à bénir
Les bienveillances si courtoises, Le cœur tranquille et gai, ces vers en sont témoins, Par delà monts et vaux, je n'en tissais pas moins,
Tant mal que bien, mes rimes franc-comtoises,
— 8o — Vivent les bois, les champs, les nids dans les pommiers. Les foins, les blés, les bœufs, les poules, les fumiers,
Les vieillards blancs, les enfants roses ! Ce spectacle éternel, en dépit du destin, Enseigne à tarifer d'un coup d'oeil plus certain
Le prix réel des hommes et des choses.
Pour elle, la nature a durée et splendeur ; Heureux qui peut mirer en elle avec candeur
Le fond de sa pensée intime, Et tant pis pour quiconque, hélas ! s'y trouve laid, Car, à son franc-parler, tout bon cœur se complaît.
Et les bons cœurs sont seuls dignes d'estime.
8fi -