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au fro . ma . ge, La soupe au fro . ma . . ge
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Les oiguons bien f ri cassés, Versez l'eau bouillante.
Puis, faire à sou gré laissez La flamme brillante.
Un peu de sel, mais pas trop :
Et voilà partie au trot
La soupe au fromage. bis).
<Q> Quels superbes lilets blancs
La soupière grise Fait rayonner de ses flancs
Sitôt qu'on y puise!
Quel ineffable fumet Lance à notre nez gourmet
La soupe.au fromage ! {bis)
Du pain les plus beaux croûtons
Vite à la soupière.
Et par couche entremettons
Notre vieux gruyère.
Pour le coup versez-moi là Votre marmite... et voilà
La soupe au fromage
Dieu! comme cela descend Qu'en dis-tu, compère?
Second service à présent :
Les deux font la paire !
l'ai soif à n'y plus tenir.
Mais il faut d'abord finir (bis). & La soupe au fromage!
bis)
Maintenant le verre en main !
Certe on peut bien boire.
Sans penser au lendemain.
Quand de tout déboire On est sur d'être vainqueur En s'appliquant sur le C08OT
La soupe au fromage !
bis .
rie, qui tranche si particulièrement sur l'assurance matamore des romantiques.
Max Buchon fut pourtant un véritable poète. De la plupart de ses pièces s'échappent une saveur domestique, une franchise de touche qui ont leur charme, à condition qu'on veuille bien y pénétrer. Sans doute l'enveloppe est parfois rugueuse; mais combien de fruits savoureux dont il faut casser la noix !
L'homme a vécu de la vie jurassienne comme les anciens maitres flamands vivaient de la Flandre. Son œuvre est la peinture des faits et gestes, non pas d'une petite ville, mais d'un bourg où se sont conservées les habitudes de la campagne : la lessive, la distribution du porc par quartiers, la fromagerie, la rentrée des foins, etc.
Un chaudronnier qui vient s'installer sous l'orme de la place devient un événement ; la foire met les gens à l'envers. C'est un spectacle pour tous ces braves campagnards que le travail du forgeron, et le fils d'un fermier qui part pour faire son temps au régiment remue toute la population.
On a beaucoup reproché au réalisme de se préoccuper de semblables détails; certainement ils ne sont pas épiques, mais tout sujet, si humble qu'il soit, a sa valeur quand le poète sait l'en extraire. Les rayons du soleil sont plus
agréables à regarder sur un toit de chaume que sur le faîtage en zinc d'art d'une construction de boursier enrichi. Avez-vous remarqué la jolie tache que fait un pot de fleurs sur la fenêtre d'une vieille maison de pauvre? Pour moi, la sensation est plus pénétrante que celle des jardins de l'ancien palais de Versailles.
Que les courtisans admirent la pompe des grands, mais qu'ils me laissent libre de m'intéresser aux délicatesses- des humbles.
Le réalisme fut une aspiration démocratique latente et inconsciente pour de certains esprits, car vers 1848, nous étions poussés par un souffle particulier qui nous faisait agir sans raison apparente, et c'est aujourd'hui seulement que je comprends le mot de Thoré, qui m'arrêtant dans la rue: — Ne voyez- vous pas s'ouvrir de nouvcr.-.x horizons? s'écriait l'ardent patriote.
Max Buchon, lui, savait ce qu'il faisait. D'une classe au-dessus du peuple, il se retournait vois cette source inépuisable de sentiments nature'?, et en tirait une essence franche et vigoureuse ; en traduisant les travaux, les divertissements, les joies, les chagrins populaires, il espérait devenir le miroir du peuple, lui montrer ses bons sentiments et par là le rendre meilleur.
Il ne faillit pas à sa tàche,ê quoique le côté des-
criptif prît parfois un peu trop le dessus sur le côté pénétrant. Max Bnchon avait été nourri d'ailleurs de la pensée du pasteur Hebel, le Béranger de l'Oberland badois.
Hebel, c'est la poésie rustique, sans la raillerie française, sans les récriminations aiguës de Burns ' l'Ecossais.
Gœthe, Jean-Paul Ricbter, faisaient grand casdes poèmes d'Hebel et cela se comprend. Un pasteur qui a la clef îles cœurs les plus rudes et y introduit des saveurs délicates, voilà qui est digne d'admiration, voilà un exemple que nous ont donné parfois l'Angleterre, l'Allemagne, la Suède, l'Amérique, et que nous ne suivons pas assez.
Ce n'est pas à dire que l'enseignement direct, le prêche, doivent prendre une trop grande place dans les œuvres d'imagination. En ce sens, Max Buchon m'a paru s'illusionner sur la portée des romans suisses de Jérémias Gotthelf (le pasteur Bitzius), et leur fortune n'a pas répondu en France à ce que l'initiateur et le traducteur en attendaient. Si je compare Gotthelf à Hebel, je n'ai pas de peine à m'apercevoir que le poète allémanique s'est volontairement dépouillé de l'appareil enseignant que recherche trop visiblement le romancier suisse.
Le peuple est un grand enfant, et des Fables
de la Fontaine ce qu'un enfant retient rarement, c'est la moralité.
Buchon fut mieux inspiré en traduisant, le premier en France, les Scènes villageoises de la Forêt noire de Berthold Auerbach. Non pas que ces récits aient fait une profonde trouée dans la littérature européenne, mais ils ont également leur bonhomie et se rangent dans le cadre de conteurs étrangers dont la France veut connaître la manière.
Max Buchon fut plutôt initiateur que traducteur ; ses traductions n'étaient qu'une occupation pour tromper les longues heures de l'exil. Il se sentait mieux doué que de dépenser sa vie dans ce travail manuel qui fait penser aux ouvrages de tapisserie entrepris par les femmes, parfois pour oublier. Le poète franc-comtois voulut prouver qu'il était l'égal des écrivains qu'il traduisait, et comme j'avais alors quelque influence à la Revue des Deux-Mondes, je n'eus pas de peine à persuader au directeur que celui qui avait écrit le Matachin pouvait devenir un des bons conteurs de sa publication.
Tout cela correspondait bien au mouvement de 1848-1852. C'était l'époque où Madame Sand, faisant volte-face, abandonnait ses plaidoyers un peu trop prolongés sur l'adultère et eatrait
résolument dans la voie berrichonne, avec les décors de sa contrée natale, en transportant dans le cœur des paysans non pas ce qui y était tout à fait, mais ce que le romancier souhaitait qui y fût.
Le peintre Courbet donnait alors une représentation « historique » des gens de son village, ainsi qu'il l'imprimait, et les paysans d'Ornans, assistant à l'enterrement d'un des leurs, acquéraient sur la toile une importance égale à celle de magistrats se rendant à la messe du Saint-Esprit.
Ces enseignements ne furent pas perdus pour les peintres, non plus que pour les écrivains. Le roman ainsi compris n'ouvrit-il pas la voie aux récits d'Erckmann-Chatrian qui furent une des expressions les plus vives de la littérature de l'Empire, non pas officielle, il est vrai, ni agréable aux courtisans de l'Elysée.
C'est pourquoi, à la suite des doctrines de 1848, de nouvelles couches sociales furent appelées à bénéficier des fruits de l'imagination de régions qui semblaient déshéritées de conteurs; il en surgit,, grâce au mouvement intellectuel qui venait de se produire, et là où nous creusions des fondations avec efforts, plus d'un est venu abriter sa tète et donner carrière à ses facultés, sans être atteint par les ébqulements du début de la bâtisse.
A un moment, inquiété et mis en suspicion par mes romans que, je ne sais pourquoi, la censure de l'Empire ne trouvait pas conformes à son esthétique, j'en arrivai à me demander avec anxiété comment je pourrais suffire honnêtement à ma vie modeste s'il fallait briser ma plume. Ce fut alors que, par un brusque soubresaut, je me plongeai dans l'érudition pour échapper aux dangers de mon imagination qui avait failli faire suspendre deux importants journaux (1) ; mais ce fut une érudition peu académique.
La poésie du peuple, le musée des pauvres, les récits des paysans, leurs gausseries, les satires et les colères du peuple des villes, méprirent une quinzaine d'années en me laissant conscience des vides à combler; je fus, pour cette dernière raison, suivi dans cette voie par un certain nombre de bons esprits et l'un des premiers, Max Buchon, parcourut le sentier étroit et peu déblayé au bout duquel il/levait trouver une récolte assez aboudante de chants populaires franc-comtois.
Ce fut en 1863 que Max Buchon publia les Noëls et Chants populaires de la Franche- Comté. Ce petit volume n'était que pour prendre
il) la Presse et Y Opinion nationale-
rang ; des noies existaient dans les papiers du poète, indiquant qu'il voulait revoir l'œuvre de près et la développer. C'est ce qu'a fait, pour cette édition, un des amis de Buchon, M. Charles Thuriet, à qui la Franche-Comté doit des recherches sur les traditions et légendes populaires (1).
Je n'ai qu'un reproche à faire à cette troisième partie de l'œuvre de Max Buchon. Une petite bouffée de vanité poétique lui fit intercaler quelques pièces de vers de son cru dans ce recueil. L'homme croyait possible de lutter avec certains morceaux populaires et peut-être les surpasser.
Les conséquences en sont sans doute innocentes ; mais introduire au milieu de poésies populaires des chants de civilisé, c'est vue prétention naïve que le résultat ne peut justifier; aussi ai-je laissé, de même que l'ancien commerce témoignait de sa probité en clouant sur le comptoir les écus faux, la pièce intitulée les Foins, deux autres morceaux ayant pour titre : la Chanson des Quenouilles et la Scie, conçues sous l'in-
( i) M. Ch. Thuriet a donné également une bonne notice sur le poète en tête du volume de Jérémias Gotthelf: Av. village, noucelles Suisses, trad. par Max Buchon, précédées d'une préface par Georges Sand. Paris, Sandoz et Fischbacher. In-18, 1876.
fluence des lieds allemands, et enfin les Voituriers de marine, pastiche assez réussi de chansons populaires.
Ce fut la seule faute de Max Buchon, une faute intellectuelle, car il n'en commit pas dans la vie. C'est pourquoi ses amis sont restés fidèles à sa mémoire parce que l'homme était fidèle à l'amitié.
La veuve du poète se remaria, sans cesser de croire à l'œuvre de son mari, et c'est à un vœu de celle qui devait bientôt le suivre dans l'inconnu qu'a obéi l'ami désintéressé, M. J. Dufay, qui a bien voulu me charger de donner au public une édition correcte du meilleur des aspirations de Max Buchon.
CnAMPFLEURY.
Sèvres, novembre 1877.