ANTIDOTE
Chère âme, vous parlez des maux de l'existence, Avec une si vive et lugubre insistance, Vous que tant d'amis suis entourent constamment, Vous, à l'esprit si net, si souple et si charmant...
Vous, toujours gracieuse ot bonne à tout le monde, Qu'on est pris malgré soi d'une pitié profonde, Et qu'instantanément on se met à songer Aux moyens qu'on aurait d'un peu vous soulager.
Pour moi... mais n'allez pas dire que je radote, M'est avis que l'amour serait un antidote Merveilleux. Libre à vous, parbleu ! de protester ; C'est mon idée, et rien ne pourra me l'ôter.
La femme sans l'amour ! Mais c'est l'oiseau sans ailes, La bouteille sans vin, le feu sans étincelles, Le bal sans violons, le berceau sans marmot, Un non-sens impossible et stupide en un mot.
Sur ce chapitre-lit, d'une réserve digne, Peut-être avez- vous trop respecté la consigne, Et, dans sa douleur lière. à jamais connue Tel pauvre cœur épris qui, par nous deviné,
A vos pieds, aussitôt eût versé sans cniplia.se. Ses trésors comprimés de tendresse en extase. Tandis que, solitaire, il a longtemps saigné... Trouvez-vous que je suis assez bien renseigné ?
L'amour n'ost, après tout, qu'un oiseau de passage, Aussi, le prendre au vol est encor le plus sage ; A moins <;u nn ne préfère, avec un peu d'émoi, Se dire un peu {dus lard : — Il ne tenait qu'à moi !
El, des pièges les p.us savamment odioux. On sorl l'Ame tranquille et le front radieux.
Avec l'amour au cœur, quand l'heure en est sonnée,
On sourit, en laissant taire la destinée,
Sans rêver après soi d'écho plus triomphant
Que ces mots dits tout has : — C'était un bon enfant !
La femme, et vous devez, certes, vous y connaître, Pour obtenir l'amour n'a besoin que de naître. Pour l'homme, en fait d'amour, c'est à lui de lutter, Bien moins pour l'obtenir que pour le mériter.
De prime abord la femme est femme tout entière. Quant à l'homme, sa tâche est autre et plus altière ; Ce qu'il doit être, à lui d'oser le devenir, Et malheur à qui peut ne s'en pas souvenir.
Voilà le chant d'amour étrange que j'entonne. Ne me l'avouez pas si ce chant vous étonne, Car je n'oserais plus alors trop me vanter Qu'en vous voyant, mon cœur s'était misa chanter.
Tenez-moi compte au moins du franc émoi qui vibre Dans ces vers que pour vous j'aligne, en homme libre, Et vous comprendrez mieux, dans sa naïveté, Ce chant d'amour qui tourne au chant de liberté.
L'amour ! essayons donc de faire un peu relâche
Au fatras qu'en débite une routine lâche ;
Avec sa dignité renaîtra son crédit,
Et vous verrez alors si le cœur vous en dit.