NOUVEAU PRINTEMPS
Beau printemps, mels la couronne Chantez-moi, petits pinsons, Sur le pommier qui lleuronne.
Les plus suaves chansons, .
Vos gammes les plus hardies Ne feront jamais un chœur Comparable aux mélodies Qui gazouillent dans mon cœur.
Sur la branche parfumée, Vous retrouvez tous les ans.
Pour une autre bien-aimée.
Des accords plus caressants...
Dieu me garde de vous suivie Dans ces façons de mentir:
Pour la mienne je veux vivre.
Pour elle je veux mourir.
Coulez, ruisseaux et cascades, Rendez vite leur fraîcheur A ces saules en arcades D'où pai't le martin-pèeheur.
Papillons et demoiselles, Estafettes du printemps, Arpentez à tire-d'ailes Les espaces éclatants.
Muguets, lilas, violettes, Tombez tous en pâmoison, En ouvrant vos cassolettes Aux vents chauds de la saison. ..
Le bonheur qui vous enflamme Va finir aux premiers jours, Celui qui me remplit l'âme, A moi, durera toujours.
Et cela, c'est ton ouvrage, A toi, dont le cœur aimant Me soutient et m'encourage, Sans nul pourquoi ni comment.
Quand on suit ainsi sa route En paix, la main dans la main,
Plus jamais on ne redoute Les hasards du lendemain.
Qu'au dehors je me dispense De paraître grand rieur, Pour toi cela se compense, Car lu vois l'intérieur...
Que la pâle trouble-fête, La Mort, nous surprenne ainsi, Nous lui dirons, haut la tête :
— Quand tu voudras ! Nous voici
— os —
APPARTEMENT A LOlTIi.
Superbe appartement à louer tout de suite.
— Montons le voir avant qu'il ne prenne la lui le, n'en penses-tu. Minette ? — On peut s'\ hasarder. Cela ne coûte guère au moins <le regarder.
— Sonnons '. Cet escalier propre est de bon augure. La porte même t'ait assez bonne figure.
— Monsieur, Madame, ayez l'obligeance d'entrer.
— C'est pour l'appartement... — Je vais vous le monlier.
— Ob ! mille fois pardon. Madame: on vous dérange.
— Pas du tout ! Seulement, je trouve assez étrange Que mon mari ne soit pas là; l'original
Sera sans doute au cercle, à lire son journal.
Vo\ons. Voici la clef. Sans autre préambule. Admirez, s'il vous plaît, ce petit vestibule Dont certes, au besoin, l'on pourrait s'arranger Parfaitement, pour faire une salle à manger.
Eh bien, non ! Visitons tout d'abord la cuisine Dont la salle à manger vraie est toute voisine, En sorte que les plats arrivent toujours chauds Sur la table. Voyez quels superbes réchauds !
Un lavoir, un dressoir et même un tourne-broche ! La cheminée est neuve et propre et sans reproche. Et du jour et de l'air, en veut-on, en voilà ! Quant à la bonne, on peut la faire coucher là.
Son lit, dans cette alcôve, a bien assez de large, Même avec ses effets, en eût-elle une charge... Puis, par ce vasistas, de la salle à manger On peut surveiller tout, à l'aise et sans bouger.
Maintenant la voici, cette superbe salle. Comme espace, elle n'est nullement colossale, Mais voyez comme ici tout est bien disposé ! Un papier bois de chêne ; il vient d'être posé.
Deux placards pour le linge et deux pour la vaisselle ; Partout la propreté comme un lustre étincelle. Moi je l'aime beaucoup, la grande propreté. Ce poêle, dans sa niche, est de toute beauté.
— Et le salon, Madame? — Oh ! soyez sans alarme. Car, pour le salon, c'est tout bonnement un charme !
Voyez plulôl ! Parquet de chêne, avec parois Couvertes de tapis... des Gobelins, je crois.
Camaïeux-Poinpadour et glaces de Venise ! Trouvez un chauffe-panse aussi qui s'harmonise Mieux, avec ces panneaux à filets contournés .. Tous les vrais connaisseurs en restent étonnés.
Au bois l'on ne sait plus donner cette souplesse ; Voilà comment jadis se logeait la noblesse. Dieu ! — qu'on a folâtré dans ce beau salon-ci ! Prenez-vous du tabac ? — Non, Madame, merci.
— Mais nous avons laissé, je crois, pour les dernières, Les chambres à coucher.— C'est vrai! Trois bonbonni- Trois vrais petits bijoux de chambres à coucher, [ères, Où le bonheur dans tous les coins semble nicher.
Madame a des enfants? — Pas encor... — C'est étrange ! A quoi pensez-vous donc, vous belle comme un ange ? Bien ! bien ! tout à votre aise, à mes dépens riez ! Monsieur, Madame sont deux nouveaux mariés !
Alors, raison de plus pour qu'à Madame plaise Ce boudoir, où l'on peut roucouler tout à l'aise. D'autant mieux que Monsieur, pour entrer de chez lui, N'a qu'à pousser un peu ce bouton qui reluit.
— Très- bien! Le grenier? — Magnifique ! — Et la cave?
— Excellente ! — Très-bien ! Autre affaire assez grave... C'est. . . vous m'entendez bien ! — Oui ! oui ! je vous entends . Eb bien ! vous en serez on ne peut plus contents !
Tout marbre et porcelaine ! et là, presque la porte... Si vous vouliez les voir ?... — Oh! non... — Enfin n'importe, Nous avons de l'usage et nous savons combien Le luxe est nécessaire aux... vous m'entendez bien,
LA PREMIÈRE COl'CHE.
Mon cher, le voilà f;iit. C'esttfa garçon superbe, \]n vrai tambour-major, un grenadier en herbe ; Un avale-tout-cru, qui ne fait que têter Et brailler aussitôt qu'on prétend l'arrêter.
Oui, mon cher, de la tète aux pieds, me voilà père. Du même nom, voilà que nous taisons la paire ; Aie voilà dédoublé, comprends-tu, de façon Qu'on dira maintenant : — Le père et le garçon.
Aussi faudrait-il voir la fierté maternelle De ma petite femme, et comme sa prunelle Resplendit de bonheur, en couvant sur son sein Ce petit dévorant, ce petit marcassin.
Il eût surtout fallu la voir, si courageuse. Dans cette crise qui pouvait être orageuse, Tandis qu'entre la vie et la mort suspendu, Je trépignais autour d'elle comme un perdu.
Aii! ris-en si tu \ eux, seigneur rélibalaire! Ce n'est pas avec toi que j'efl ferai inyslère, Mais, quand on est mari, l'on peut, sans compliments, Se proclamer stupide en de pareils moments.
Je nargue, tu le vois. Ion sourire et ton blâme. Avec l'aide du ciel... et de la sage- le in nie, J'en suis quitte, et je puis, en toute liberté. Me draper maintenant dans ma paternité.
Celte sage- femme esl une aimable personne. C'est vraiment surprenant, combien peu l'on soupeomie, Tant que de leurs secours vous n'avez pas besoin. Tout ce que ces gens-là vous donnent de bon soin.
El nia femme ! Une l'ois la bourrasque passée, l'aie, et dans ses coussins de dentelle, affaissée, Moi, couvant du regard son regard abattu, L'entends-tu soupirer doucement : — M'aimes lu ?
M'aimes-lu '? Ces deux mois, dans leur grâce ràline. Ne peignent-ils pas bien une âme féminine. Toujours prête à toujours si bien se torturer. Qu'on ne sait vraiment trop s'il faut rire ou pleurer.
M'aiines-tu? N'est-ce pas l'argument sans réplique ? Aussi, pour m'en tirer, pris-jc la voie oblique.
En personnalisant, sur le ton le plus doux,
Le mot fameux : — Soldats, je suis content de vous !
Mon cher, n'as-tu jamais assisté d'aventure A la mort de quelque humble et pauvre créature, Que le monde accablait de haine ou de mépris? Et, dans ce moment-là, ne t'es-tu pas surpris
Le cœur tout débordant de suprême indulgence, Pour cet abandonné, pour cette pauvre engeance ; Tellement le mépris, la haine ou le remord Baissent tous pavillon en face de la mort?
Eh bien, qu'un enfant naisse ou qu'un pauvre homme meure, L'effet absolument identique demeure.
La naissance et la mort se tiennent par la main, Et sont comme les deux pôles du genre humain,
Paix aux vieillards sur qui la camarde s'allonge, Car, sur tous nos travers elle passe l'éponge, Et paix aux nourrissons, d'espoir tout palpitants, Pour qui vient de s'ouvrir la vie à deux battants.
Devant un premier-né, tout est de bon augure. Sa mère, en lui donnant le jour, se transfigure,
Résolue à n'avoir d'éclat dorénavant, Que celui de ce cher et doux soleil levant.
M'aimes-tu ! C'est chez elle, à ce moment d'extase, Comme un trop plein d'amour qui déborde du vase, Comme un fiévreux appel qu'on ne peut retenir, Dès qu'on tâche, entre époux, de sonder l'avenir.
S'aimer, et pour toujours être sûr que l'on s'aime, C'est avoir résolu la moitié du problème ; Car rien ne coûte alors, et l'on se sent au cœur La force de traiter l'avenir en vainqueur.
Cet entant n'est encor qu'un souffle, qu'un atome, Et pourtant... s'il allait devenir un grand homme ! Bah ! qu'importe, pourvu qu'il fasse son chemin, Le front haut, sans reproche, et le cœur sur la main ?
De lui-même toujours surveillant intraitable, Pour être respecté, qu'il reste respectable, Tirant tout son bonheur du devoir bien rempli, Sans penser à la gloire et sans craindre l'oubli.
A nous de lui prêcher tout cela par l'exemple. La tâche, tu le vois, devient bien assez ample, Aussi, pour que l'affaire aille d'un meilleur train, Mets l'habit noir, et viens nous servir de parrain.
Pas de grimace, allons ; la marraine est jolie Et gentille à te l'aire abjurer ta folie, Devant l'amour, devant l'hymen et la raison... Comprenez-vous cela, monsieur le vieux garçon ?
U SUTiTIE DE LA Um%.
Voilà que c'est fini. La grande porte s'ouvre. L'orgue, de ses clameurs foudroyantes, recouvre Les sourds piétinements des dévols, si pressés De sortir, qu'ils ont l'air d'en avoir bien assez.
Autour du bénitier trépigne la paroisse.
Pour y tremper son doigt, on se cogne, on se froisse,
Les dames en montrant leurs jolis gants de peau,
Les messieurs en garant de leur mieux leur chapeau.
Laissons passer d'abord ces deux, ou trois grand'mères: Au milieu du torrent des écoles primaires Qui les fait ondoyer en arrière, en avant, Comme des plumes dont s'amuserait le vent.
Nous voici mainlHianl aux toilettes splendidcs.
Regardez donc les airs ingénus et candides
De ces jeunes tendrons au corsage replet.
Qui semblent dire aux gens: — Des galants. s'il vous plaît !
Et cet autre, là-bas, grande comme une perche. Avec ce petit bout de mari qu'elle cherche, Aussitôt qu'à sa jupe il n'est plus accroché, Tant elle a toujours peur qu'on ne l'ait empoché.
Quant à ce chapeau bleu, c'est la blonde Pauline, Qui n'a pas oublié non plus sa crinoline ; Ingénieux moyens de montrer ses mollets, Et les siens, prétend-on, ne sont pas du tout laids.
Voici le pauvre Arthur orné de son épouse. A-t-il un air capot ! On dit qu'elle est jalouse Comme quarante-six tigresses. Mais, vraiment, Sa taille prend beaucoup de développement...
Elle n'a désormais plus peur qu'on en médise. Au fait, le pavillon couvre la marchandise. Le pauvre homme a rasé sa barbe et son collier. Gageons qu'avant un an, il sera marguillier.
Et cette jeune veuve... est-elle assez voilée ? La belle inconsolable est pourtant consolée, A ce que l'on assure, et quelques hasardeux Nomment même déjà l'époux numéro deux.
Voilà le maire avec madame la mairesse
Et tous leurs mairillons. Peste, s'il se redresse
Au métier trouva-t-on jamais lanl de douceui' I On naît maire, je crois, comme on naît rôtisseur.
Celui-ci c'est Hector, l'homme aux fines toilettes, Avec ses favoris taillés en côtelettes Et sa moustache noire, aux longs accroche-cœurs. S'en Jonne-t-il des airs séduisants et vainqueurs !
On dit que le gaillard, se voyant en débine, Convoite une charmante et riche chérubine. A la messe, il ne vient si théâtralement, Qu'afin de s'assurer d'abord de la maman.
Oh ! là-bas ! quelle trogne ! et quel beau rat d'église ! Comme il est rasé frais, et comme sa chemise Va lui guillotiner l'oreille d'un bon train... Gageons que celui-là fait chorus au lutrin. . .
C'est égal, tous ces gens dans leurs habits de fête. Ont aujourd'hui la mine heureuse et satisfaite... Est-ce conviction que, si bien requinqués. Indubitablement ils seront remarqués ?
Ou bien est-ce déjà le fumet délectable Du dîner qui, chez eux, les attend sur la table ? Pour trancher cj grand point, je m'avoue en défaut ; Mais, puisque chacun rit, c'est tout ce qu'il nous faut,
LA LESSIYE.
Vous demandez pourquoi je suis ainsi pensive. Mon Dieu, c'est que demain nous faisons la lessive, Et ce n'est pas petite affaire, en vérité, Quand le linge, surtout, n'est pas même compté.
Que voulez-vous ? Chacun n'est pas de ces marquises Qui n'ont à s'occuper que de choses exquises. Nous ne sommes, chez nous, que de simples mortels, Et nous nous résignons à vivre comme tels.
Quel attirail il faut pour une buandière ! La soude, le savon, la cuve, la chaudière, La cendre, l'indigo, l'iris, les bâtonnets... Voyez si j'en oublie et si je m'y connais.
Dans le fond delà cuve, en grille l'on dispose D'abord les bâtonnets, sur lesquels tout repose, Puis on étend dessus, aussi bien que l'on peut, Les draps de lit, d'abord savonnés quelque peu.
— lit —
Après les draps de lit, arrivent les chemises. Tant d'homme que de femme,'ct quand elles sont mises. Vient le linge de table, après quoi nous mettons Les rideaux, les menus, dentelles et cotons,
Jupons, bas, mantelets et mouchoirs de batiste... Jamais on n'en finit de cette longue liste, Puis, pour couper l'ardeur trop vive du lessus. Le linge de cuisine arrive par dessus.
On commence à baigner tout ce linge d'eau tiède, Puis, dans un grand linceul de grosse toile roide. Vous ajoutez la cendre, en bien l'éparpillant, Et l'on n'a plus dès lors qu'à verser tout bouillant.
Pendant que cela coule, en moussant comme bière, On récure au dessus lèchefrite et daubière. Les cuivres, les étains. le fer-blanc, le dressoir. Si bien que tout reluit quand arrive le soir.
Sitôt que le lessus fait mine de descendre
Un peu plus savonneux, on enlève la cendre,
Puis on couvre la cuve, afin d'être certain
Que tout s'y maintiendra bien chaud jusqu'au matin.
A la pointe du jour les laveuses arrivent.
De leur doigt d'eau-de-vie aucunes ne se privent :
Aussi, malheur à qui ne leur sort tout d'abord Leur verre à demi-plein, si ce n'est jusqu'au bord.
L'eau-de-vie avalée, on est plus expansive. Ce qui fait qu'en lavant à peu près la lessive, On savonne bientôt, du bec et de la main, Tous les pauvres péchés du pauvre genre humain.
Dans le fait, où trouver la chronique certaine Des cancans frais éclos, sinon à la fontaine ? Avec une fontaine, avec un four banal, On peut se dispenser de lire le journal.
Qu'au milieu des caquets une vieille routière
De sa poche à demi lire sa tabatière,
Et chacun crie alors : — Passe-la donc ici !
Eh ! pchie ! Oh ! c'est du bon ! — A vos souhaits ! *- Merci.
Voilà le lin^c au bleu : vite qu'on le repêche. Assez prisé, là-bas ! Qn'est-ce qui vous empêche ï)e le tordre à présent ! Remuons-nous, allons ! Les jours ne sont déjà maintenant pas si longs.
Plions tous ces menus d'abord sur celte planche. Quelle bonne lessive ! elle est surtout bien blanche, Et cet iris lui donne, outre la propreté, Je ne sais quel parfum de joie et de santé,
Les porches du grenier sont propres, j'imagine. Tenez, montez d'abord ces torchons de cuisine. Sitôt que tout sera proprement étendu, Mesdames, vous aurez tout ce qui vous est dû.
Deux ou trois jours après, on se met à dépendre. Il faut appareiller les draps et les étendre, En tirant tant qu'on peut en long, puis en travers, Ce qui vous met bientôt les ongles à l'envers.
Quand chaque serviette a retrouvé sa douzaine, La lingère à son tour apparaît sur la scène, Et reprise les trous. Sage précaution Contre tout linge un peu sujet à caution.
C'est elle qui recout les boutons des chemises, Pour qu'ils ne sautent pas quand on les aura mises ; Car rien ne vexe autant les hommes, prétend-on. Qu'un collet de chemise à leur cou sans bouton.
Sitôt que la lingère a fini sa couture.
La repasseuse vient pour faire la clôture,
Avec ses gros paquets de pinces à rucher.
Et l'empois qui, dans l'eau, fond au simple toucher.
Dès que ni le réchaud ni la table ne boite, Tout se lustre en fumant sous Je gros fer à boite,
Les beaux gilets, les beaux pantalons de nankin, Avec lesquels bientôt l'on fera le faquin.
Sans compter les bonnets, les guimpes, les dentelles. Tout ce qu'un homme enfin traite de bagatelles, Et qu'il serait le plus ardent à réclamer, Si sa femme semblait vouloir les supprimer.
Comprenez-vous pourquoi les pauvres ménagères, Le jour de la lessive, ont des airs de mégères, Et tiennent tant alors à se débarrasser De tous ceux qui pourraient en rien les tracasser?
Pour que les draps de lit, les serviettes de moire Les nappes et le reste, arrivent dans l'armoire... Enfin, pour n'être pas malpropre,., que de maux! C'est à faire envier le poil des animaux.