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LE GRENIER

Salut au Josaphat des luxes du ménage ! Tout ce dont les aïeux, au temps de leur jeune âge, Faisaient leur élégance et leur ameublement, Est venu prendre ici sa retraite humblement.

Le grenier, s'il n'était plein de philosophie, Serait fier des secrets nombreux qu'on lui confie ; Mais, de ce qu'en vaut l'aune, il s'est toujours douté, Aussi, chez lui jamais ombre de vanité.

Avec quel intérêt l'œil pourtant se promène, Sur tout ce bric-à-brac de notre vie humaine, Auquel, tant fassions-nous les hommes importants, S'ajoutera le nôtre, avant moins de cent ans.

Où trouver plus baroque et naïf pêle-mêle ? Fenêtres sans carreaux, couvercle sans gamelle, Vieux bahut redressant son torse original, A trois grands casiers, comme un confessionnal.

Au centre, d'une corde entortillée aux poutres, Pendent des traversins gonflés comme des outres ; Quelques mantes de laine et de vieux matelas Qui, de leur long service, ont l'air d'être bien las.

Près d'un entassement de malles et de coffres,

Un gaufrier rouillé qui ne fait plus de gaufres :

Un grand fauteuil boiteux, perdant par de grands trous,

Sa bourre séculaire, entrailles de crin roux.

Des portraits transpercés comme de vieilles cibles. Des robes à paniers énormes et risibles, Bottes à retroussis, pantoufles de tendron, Cor de cbasse muet et noir comme un chaudron.

Des bouquins que le temps grignotte à chaque page: \In habit de marquis, une toque de page, Desquels Quatre-vingt-douze, audacieux rival, A fait des oripeaux charmants en carnaval.

Vne cage à perruche, un affreux tourne-broche ; Une selle à l'arçon de laquelle s'accroche Un berceau formidable et de dimensions A bercer d'un seul coup trois générations.

Un rouet de grand'mère en deuil de sa quenouille ; Des sabres, des mousquets que dévore la rouille.

Un siège à tabatière, utile cependant;

Mais pincez-vous le nez ; ce sera plus prudent.

Et sur cette splendeur flétrie et dédaignée Brochent tranquillement les toiles d'araignée, Et les souris s'en vont trottant à petits pas, Tout à l'aise ; du moins quand les chats n'y sont pas.

Les chats ! ah ! c'est ici, certes, leur vrai domaine ; C'est ici que l'amour constamment les ramène; C'est ici que toujours ont le mieux résonné Leurs soupirs qu'on prendrait pour ceux d'un nouveau-né.

La nuit, quand ce tourment les tient et les décharné, On n'a qu'à voir soudain flambera la lucarne, Leurs deux grands yeux pareils à des charbons ardents, Pour comprendre quel feu les dévore en dedans.

Comment garder aussi sa quiétude honnêle Quand vient à miauler la voix d'une minette ? Où trouver l'homme dont jamais ne trébucha Le flegme à pareil jeu, bien qu'il ne fût pas chat ?

Le jour, quand du soleil la lueur matinale, Sur ce monde assoupi, pénètre en diagonale, Dans la colonne d'or que forme ses rayons, Mille atonies joyeux dansent en tourbillons.

Les toiles d'araignée alors, de la toiture, En lumineux arceaux pendent à l'aventure, Tandis que, dans les coins, tout reste incessamment Noirâtre et vigoureux comme un tableau flamand.

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