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LA MORT

Approchez : faisons cercle autour de celte fosse. Soyez sans crainte. Ici plus de parole fausse , Ici la vérité, si chère aux hommes droits, Gomme un juge équitable a repris tous ses droits.

Celui que nous venons de mettre dans la terre, Vécut, vous le savez, pour souffrir et se taire. Semant autour de lui le bonheur, sans pouvoir Y penser pour son compte, et sans le laisser voir.

Dans cette vie active et toujours débonnaire, 11 n'intervint, au fond, rien d'extraordinaire. Le culte du devoir la remplit constamment, Et de là son éclat si doux en ce moment.

Or, je vous le demande, à cet instant suprême, Qui de nous tous ici ne voudrait pour soi-même Une fin aussi calme et pure de remords ?... Le respect des vivants fait la gloire des morts.

La mort, vous le voyez, pour l'homme respectable, Quoi qu'on dise, n'a donc rien de si redoutable ; De sa vie elle n'est que le couronnement... Qui de nous, en effet, songe finalement

A lui demander compte, à cet excellent homme, Des faiblesses, mon Dieu! qu'il eut peut-être comme En chacun d'entre nous l'on peut en découvrir? Pour se transfigurer, il n'eut donc qu'à mourir.

Aussi, qu'en ce moment, juge en dernière instance, Dieu nous laisse sur lui formuler sa sentence, Et de l'acquittement nul ne saurait douter... Or, Dieu, pas plus que nous, n'est certe à redouter.

La mort ! Eh mais ! c'est elle ici tant que nous sommes, Qui, devant ce cercueil, fait de nous d'autres hommes ; C'est elle ici qui rend plus unis et meilleurs Nos cœurs que tant de soins vont ressaisir ailleurs.

Poser au front des morts l'auréole finale, Et rendre aux survivants leur splendeur virginale, Au moins pour un instant ; tout bien considéré, 0 mort! de tes bienfaits voilà le plus sacré.

Laissons-la donc venir, l'âme plus raffermie, Et tâchons de pouvoir l'accueillir en amie, Quand, à son rendez-vous, nous conviera le sort, Car, tant valut la vie, et tant vaudra la mort.

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