LE MOIS DE SEPTEMBRE
La grand'mère, toujours sobre en fait d'éloquence, Écrit : — Amenez donc ces enfants en vacance ! Et, sur ce simple mot, on peut être certain, Que, pour partir, chacun est prêt de bon matin.
La voiture, sans être au rang des plus coquettes, A cependant son charme avec ses deux banquettes. On bourre les coffrets de fruits et de gâteaux. Un gai soleil d'automne argenté les coteaux...
Et l'on part ! Bon voyage à la joyeuse troupe ! Le cheval, fin trotteur, malgré sa large croupe, Sous la main du papa, conducteur élégant, Se met à piaffer de son trot le plus fringant.
Chacun sourit d'un air d'intime connaissance. — Tâchez de ne pas trop gémir sur notre absence, Bonnes gens de la ville, ouvriers et marchands ; Nous reviendrons, mais bah ! vive la clef des champs
Ail pavé fatigant succède enfin la route.
Un cantonnier déjeune en rongeant une croûte.
Les vignerons en bras de chemise, à travers
Les vignes, vont rognant un peu les bourgeons verts.
Voici qu'on marche au pas en montant la colline. La maman autour d'elle abat sa crinoline, Pendant que, derrière elle, un voile bleu léger, Comme une flamme au vent, se met à voltiger.
Près des premiers taillis à la fin on arrive. On entend sifflotter en fuyant une grive, El la voiture a presque, au passage, accroché Celle d'un paysan qui descend au marché.
— Maman, regarde donc ces jolis champs d'avoine ! Et ces buissons aussi rouges qu'une pivoine !
Et cette femme, avec son bonnet à béguin, Oui secoue au soleil ces monceaux de regain !
l'A ces bœufs roux là-bas qui tirent la charrue ! Du village voici, je crois, la grande-rue. Au lieu de magasins, partout de gros fumiers. Qu'attend la plaine au loin découpée en damiers.
— Et ces poires ici, gracieuses et lourdes,
Qui, des poiriers partout pendent comme des gourdes,
Et les poules qui vont promener leurs poussins, Et la fontaine qui coule dans deux bassins I
Quant au cheval, il fait halte devant l'auberge. Où, d'un bon picotin le.gaillard se goberge. Un seau d'eau vient servir de sauce à ce rôti, Puis il reprend son mors, et le voilà parti.
Des moineaux effarés sortent d'une charmille. — Déjeunons donc aussi, se dit-on en famille. Je gage que Gugu, Finette et la maman Casseront volontiers la croûte en ce moment.
On sort un poulet froid du pain blanc qui l'enchâsse, Puis on boit tour à tour dans le verre de chasse. On ronge à belles dents la bête jusqu'aux os, Puis, on jette, en riant, les débris aux oiseaux.
- Allez, bidet ! Voyons, enfants, qu'on se dépêche ! Voulez-vous un raisin? Voulez-vous une pêche ? Quel charme de manger, à pareille saison, De si beaux fruits devant un si bel horizon!
Les clochers de fer-blanc dans les arbres flamboient Aux trousses du cheval tous les roquets aboient. Les femmes, sur leur porte, en train de jacasser, Se taisent un moment, pour voir qui va passer.
— Allez, bidet ! Au bruit constant de la voiture, Les enfants, saturés de forte nourriture, Sous le soleil qui darde avec plus de vigueur, Tombent, pris de sommeil et de lourde langueur.
Le papa les réveille en agitant ses rênes.
On traverse un village ombragé de grands frênes,
Le cheval à nouveau semble s'émoustiller,
Et l'alouette, au fond du ciel, s'égosiller.
La route, dans les bois, court blanche et monotone. Les feuillages jaunis tremblent au vent d'automne; Puis tout à coup, en bas, s'ouvrent de frais vallons...
— Ah ! grand'mère, vers toi de quel train nous allons !
— Vois quels beaux peupliers le long de la rivière ! Le chanvre a disparu de chaque chenevière,
Pour s'étendre, enandains, sur les prés en talus. Les maïs restent seuls bien grappes et feuillus.
Au soleil qui commence à s'incliner à droite. La rivière joyeuse et rapide miroite, Sous les vieux saules creux, jaunâtres et dormants, Gomme une expansion sans fin de diamants.
Sur les noyers bordant partout la grande route, Les noix ont, cette année, un peu fait banqueroute ;
Heureusement qu'on voit, sur les coteaux voisins, Les archets de la vigne accablés de raisins.
Enfin, de la maison à tous quatre si chère, La patronne apparaît sur la porte cochère. On arrive. Le chien accourt avec les chats Ravis d'aise, et Dieu sait s'ils font des entrechats »
-Ah! oui, c'est donc bien vous! venez qu'on vous embras Donne-moi ces paquets que je t'en débarrasse. Bonne maman, voyez !... Et ses yeux tout surpris: Des deux jolis enfants, admirent les beaux prix.
Et c'est ainsi partout, quand, heureuse et ravie, La grand'mère Nature, elle aussi, nous convie. En septembre, à venir chez elle de concert, Nous ébattre au festin qu'alors elle nous sert.