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L'HIVER

L'hiver, le rude hiver ! Des montagnes lointaines, Avec ses gros sabots et ses grosses mitaines, Le poil tout blanc de givre et le teint violacé, Le voilà revenu, le vieux monstre glacé.

En avant le manteau, le manchon, la pelisse,

Et les feutres aux pieds, car, aujourd'hui l'on glisse,

El même, pour sortir,- par prudence, venez

Que je vous passe au cou votre grand cache-nez.

Voyez comme là-bas grelottent ces laitières ! Voyez comme du bout de toutes les gouttières Pend la glace, pareille à du sucre candi... Il fait un froid de loup, je vous l'avais bien dit.

Quelle saison pour ceux qui sont dans l'indigence ! Tenez, voici, je crois, enfin la diligence ; Elle est bien en retard, mais comment faire, hélas ! Par des chemins couverts de neige et de verglas.

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Quel temps pour voyager t Aussi, sur sa banquette, Comme le conducteur enfonce sa casquette ! Ses chevaux n'ont pas froid, eux du moins, Dieu merci ! Comme ils fument, tandis qu'il est lui, tout transi.

Paf ! Qu'est-ce donc là bas, vers la fontaine ? On crie ! Quelque servante avec son seau d'eau, je parie, A qui le pied aura glissé. Précisément ! Pour se baigner, ce n'est vraiment pas le moment.

Pauvre fille ! Et pourtant, de ses jupes mouillées. Regardez ce marchand de châtaignes grillées, Il en rit, le vieux drôle ; il est vrai qu'il a chaud, En grillant ses marrons, là, sur son grand réchaud.

Comme ce pauvre chien court en baissant la queue ! Et cette mendiante à face toute bleue Qui tâche de sourire et pleure par-dessous... Allons vite, en passant, lui donner quelques sous.

Bon ! voilà les matous qui vont, par longues bandes, Commencer sur les toits leurs folles sarabandes ; S'ils avaient aussi froid que nous, ah ! les gredins ! Ils ne feraient pas tant là-haut les muscadins.

Voici monsieur Blaguot ! Prenons par la ruelle. Car, s'il nous voit, malgré cette bise cruelle,

11 nous en contera, le bourreau, tant et tant, Qu'il nous fera geler sur place en l'écoutant.

Pauvre scieur de bois ! Voyez, sa main transie Va laisser défaillir sa misérable scie... Pourquoi ne fait-on pas aussi, par cbarité, Sa provision de bois dans les beaux jours d'été I

Ah ! le boucher du coin ouvre bien sa boutique Maintenant. Il ne craint ni mouche, ni moustique, Car sa viande est gelée, et pour mordre dedans, Il faudrait, certe, avoir de vigoureuses dents.

Et l'épicier aussi, lui, laisse dans la rue, Sans crainte de danger, ses quartiers de morue... Mais que brasse-t-il donc, là-bas, dans ce grand seau ;; C'est de l'huile, ma foi, dont il coupe un morceau.

Voilà du beau pain frais. A sa boulangerie, Quand dans la rue ainsi la bise est en furie, Un boulanger n'est pas trop mal, en vérité ; Cela compense bien les sueurs de l'été.

Regardez donc l'église ! A-t-elle un air maussade. Avec ses vitraux pleins de givre, et sa façade, Que de boules de neige aspergent les gamins... — Et la police? — Bah ! je m'en lave les mains.. .

Quelle bise ! Je suis glacé jusqu'à la moelle ! Que ne suis-je resté derrière mon gros poêle ! Tiens ! j'avais oublié que du pont j'approchais... Que l'eau doit être froide ! Ouais! Je plains les brochets.

Et dire cependant qu'une troupe mutine De polissons, là-bas, sur le marais patine ; Et dire qu'à midi, bien d'autres étourneaux Vont de tous les côtés s'envoler en traîneaux !

Bon appétit, messieurs; pour moi, vite je rentre. Mais qu'est donc devenu mon mouchoir? Ah! que diantre! S'il ne faut constamment se moucher à nouveau ; Me voilà, je parie, un rhume de cerveau...

L'hiver, le rude hiver! Des montagnes lointaines Avec ses gros sabots et ses grosses mitaines, Le poil tout blanc de givre et le teint violacé, Le voilà revenu le vieux monstre glacé.

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