‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 11 sur 108 · LE RUISSEAU · texte numérisé non relu

LE RUISSEAU

Le soleil brûlait la plaine ; Les oiseaux étaient muets ; Le vent balançait à peine Les épis et les blucts ; Quelques chèvres, dispeisées Sur le penchant des coteaux, Broutaient aux jeunes ormeaux Les vignes entrelacées ; Les troupeimx, au fond des bois,

SY'yaiaiL'iil dans la biUNcie; Les chiiMis étaient sans colère, Les bergers étaient sans voix.

On entendait le murmure D'un ruisseau vil' et jaseur, Qui livrait à l'aventure Le secret d'nn jeune cœur :

Sur les flots de son rivage Ciiloé, fuyant le soleil, Penchait sa biùlantc image, Belle comme un Iruil vermeil :

(I A cette heure où mes com|>agnes cherchent l'ombre à l'autre bord, Qu'au bruit vague des campagnes Tout s'engourdit et s'endort, Sous ma guirlimde nouvelle, Dites-moi, petit ruisseau.

Me liouvez-vous aussi belle Que Daphnis me paraît beau?

En vain avec ma couronne J'ai l'air aussi d'une ilenr; Tout l'éclat (pi'elle me donne Ne fait pas battre mon cœu!*.

Aux biTgères de mon âge Je vois les mêmes ai)i)as ; Elles doruient sous l'ombrage, El je n'en S()n[)ire pas :

Sans Da[)hiiis (ont m'est conti'aiie; Daplinis a donc plus d'altrails?

Et je sens (pi'on ne peut plaire Qu'eu ayant les mêmes tiaits*

'( 0 Daphnis! si la parure Me rendait belle h tes yeux, J'apprendrais, dans l'onde pure, A tresser mes longs cheveux.

J'irais supplier mon père De m'accorder, pour un jour.

Le ruban qu'avait ma mère.

Quand il lui paila d'amour.

Je cultiverais des roses Pour les cueillir avec toi ; J'inventerais mille choses Pour t'attirer près de moi.

Hélas ! ma triste espéi ance Néglige un frivole soin ; lSï j'avais ta ressemblance, Je n'en aurais pas besoin !

Tes yeux bleus ont une tlanmie Pareille aux astres tremblants ; Leurs rayons pénètient l'âme :

Les miens sont noirs et bnilanis Sur ton front ta chevelure Forme un gracieux bandeau *.

La mienne ombre ma ceinture Quand je quitte mon chapeau.

Comme des feuilles dorées Se balancent sur les fleurs, Sous mille boucles cendrées Brillent tes vives couleurs. Le jeime orme est ton image, Et (tout me parle aujourd'hui!) Au lierre il prête un ombrage :

Je suis faible comme lui :

0 Daplinis!... » Et quelques larmes Toiubî-'ieiit tlîiiis le ruisseau; Elles eu Iroublèreut l'eau, ('omme elles voilaient ses charmes.

Dans le léger mouvemeut De cette glace agitée, Sous la surface argentée Elle entrevit son amant.

« 0 prodige ! cria-t-elle,

Je vois l'ombre du pastem ;

I^^t celte glace fidèle

Réfléchit jusqu'à mon cœur. »

Du saule le doux feuillage

Dans les airs se balança ;

Siu' les pleurs de son visage

Un souille amoureux passa.

L'enfant qui \ orte des ailes

Se sauvait d'un ciel de feu :

De bi ùlantes étincelles

Aux champs annonçaient un dien !

On n'en sait })as davantage.

Le dieu baissa son bandeau,

Couvrit le jour d'un nuage,

Et fit (aire le l'uisseau.

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