‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 92 sur 108 · LE RETOUR DU MARIN · texte numérisé non relu

LE RETOUR DU MARIN

Pour qui s'épuise à travailler l.a mort est un doux oreiller.

De Béra.nger.

!( Petits enfants, vos jeunes yeux, Entre l'eau qui gronde et les cieux Ont-ils vu blanchir une voile?

Celle dont j'ai ù\ù la toile, Si mon rêve dit l'avenir, Avant l'hiver doit revenir.

(( — Oui! tantôt sur la roche nue, En regardant l'erraule nue, Xous avons vu là-bas, là-bas, r>ouler une voile sans mâts.

PLEURS ET l' AU VUES E LEURS. 275

« — Eiilaiits des pauvres matelots,

Dont les pères sont sur les flots,

\'otre voix peut percer l'orage :

Criez de tout votre courage!

Dans l'éclair aux sombres couleurs,

VoiL-on flotter nos trois couleurs?

•j — Non : du haut de la roche nue, Quand l'éclair déchire la nue.

Sur ce pont qui flotte vers nous, On ne voit qu'un homme à genoux.

u — C'est lui ! fidèle et courageux, Au fond de mon rêve orageux.

Cette nuit je l'ai vu paraître :

Descendez pour le reconnaître !

Moi, j'ai tant pleuré, que mes yeux Ne verront plus Jame qu'aux cieux!

« — Ah! la foudre, en crevant la nue, L'a jeté sur la roche nue !

S'il n'a pas cessé de souffrir, Descendons l'aider à mourir. ))

Et les enfants des matelots IJetirèrent Jame des flots.

C'était Jame! et la fiancée Vint toucher à sa main glacée Son doux lien, son anneau d'or; Car Jame le portait cncor !

Qu'ils sont bien hons la roche

nue,

A l'abri de rerraiile imo, Oublieux tle leurs mauvais jouiSj Morts. . . et maries pour toujours !

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