V) POÉSIES NOUVELLES
Celui-là sur rairain a gravé sa pensée; Dans un rythme doré l'autre l'a cadencée; Du moment qu'on l'écoute, on lui devient ami. Sur sa toile, en mourant, Raphaël l'a laissée; Et, pour que le néant ne touche point à lui, C'est assez d'un enfant sur sa mère endormi. «
Comme dans une lampe une flamme fidèle,
Au fond du Parthénon le marbre inhabité
Garde de Phidias la mémoire éternelle,
Et la jeune Vénus, fille de Praxitèle,
Sourit encor, debout dans sa divinité,
Aux siècles impuissants qu'a vaincus sa beauté.
Recevant d'âge en âge une nouvelle vie, Ainsi s'en Aont à Dieu les gloires d'autrefois; Ainsi le vaste écho de la voix du génie Devient du genre humain l'universelle voix... Et de toi, morte hier, de toi, pauvre Marie, Au fond d'une chapelle il nous reste une croix!
Une croix! et l'oubli, la nuit et le silence! Écoutez! c'est le vent, c'est l'Océan immense;
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C'est un pécheur qui chante au bord du grand chemin. Et de tant de beauté, de gloire et d'espérance, De tant d'accords si doux d'un instrument divin. Pas un faible soupir, pas un écho lointain!
Une croix, et ton nom écrit sur une pierre. Non pas même le tien, mais celui d'un époux. Voilà ce qu'après toi tu laisses sur la terre; Et ceux qui t'iront voir à ta maison dernière. N'y trouvant pas ce nom qui fut aimé de nous. Ne sauront pour prier où poser les genoux.
O Ninettel où sont-ils, belle muse adorée,
(^es accents pleins d'amour, de charme et de terreur.
()ui voltigeaient le soir sur ta lèvre inspirée,
{]omme un parfum léger sur l'aubépine en tieur.-
Où vibre maintenant cette voix éplorée.
Cette harpe vivante attachée à ton cœur?
N'était-ce pas hier, fille joyeuse et folle. Que ta verve raillêusç animait Corilla,
g8 POESIES NOUVELLES.
Et que tu nous lançais avec la Rosina
La roulade amoureuse et l'œillade espagnole?
Ces pleurs sur tes bras nus, quand tu chantais le Saule,
N'était-ce pas hier, pâle Desdemona?
N'était-ce pas hier qu'à la lieur de ton âge Tu traversais l'Europe, une lyre à la main; Dans la mer, en riant, te jetant à la nage, Chantant la tarentelle au ciel napolitain, Cœur d'ange et de lion, libre oiseau de passage, Espiègle enfant ce soir, sainte artiste demain?
N'était-ce pas hier qu'enivrée et bénie Tu traînais à ton char un peuple transporté. Et que Londre et Madrid, la France et l'Italie, Apportaient à tes pieds cet or tant convoité. Cet or deux fois sacré qui payait ton génie, Et qu'à tes pieds souvent laissa ta charité?
Qu'as-tu fait pour mourir, ô noble créature. Belle image de Dieu, qui donnais en chemin
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Au riche un peu de joie, au malheureux du pain.-' Ah! qui donc frappe ainsi dans la mère nature, Et quel faucheur aveugle, affamé de pâture, Sur les meilleurs de nous ose porter la main?
Ne sutfit-il donc pas à l'ange de ténèbres Qu'à peine de ce temps il nous reste^un grand nom : Que Géricault, Guvier, Schiller, Goethe et Byron Soient endormis d'hier sous les dalles funèbres. Et que nous ayons vu tant d'autres morts célèbres Dans l'abîme entr'ouvert suivre Napoléon:
Nous faut-il perdre encor nos tètes les plus chères. Et venir en pleurant leur fermer les paupières, Dès qu'un rayon d'espoir a brillé dans leurs yeux? Ee ciel de ses élus devient-il envieux? Ou faut-il croire, hélas! ce que disaient nos pères. Que lorsqu'on meurt si jeune on est aimé des dieux;
Ah! combien, depuis peu, sont partis pleins de vie! Sous les cyprès anciens que de saules nouveaux!
If»' POP::SIES NOUVELLES.
La cendre de Robert à peine refroidie, Bellini tombe et meurt! — Une lente agonie Traîne Carrel sanglant à l'éternel repos. Le seuil de notre siècle est pavé de tombeaux.
Que nous restera-t-il si l'ombre insatiable, Dès que nous bâtissons, vient tout ensevelir? Nous qui sentons déjà le sol si variable, Et, sur tant de débris, marchons vers l'avenir, Si le vent, sous nos pas, balaye ainsi le sable, De quel deuil le Seigneur veut-il donc nous vêtir;
Hélas! Marietta, tu nous restais encore. Lorsque, sur le sillon, l'oiseau chante à l'aurore, Le laboureur s'arrête, et, le front en sueur, Aspire dans l'air pur un souffie de bonheur. Ainsi nous consolait ta voix fraîche et sonore. Et tes chants dans les cieux emoortaient la douleur.
(>e qu'il nous faut pleurer sur la tombe hâtive. Ce n'est pas j'arl i|ivin, ni ses savants secryts ;