‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 62 sur 88 · XXI II · texte numérisé non relu

XXI II

Certes, c'eût été beau, la jeunesse et la vie. Ce qui fut tant aimé, si longtemps attendu, Se réveillant ainsi dans la mère patrie, ■l'en parle par hasard pour l'avoir entrevu; (^)uelqu"un peut en pleurer pour l'avoir mieux connu; C'est sa veuve, c'était sa femme et son amie.

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Pauvre prince! quel rêve à ses derniers instants! Une heure (qu'est-ce donc qu"u ne lieure pou rie Temps: Une heure a détourné tout un siècle. O misère! Il partait, il allait au camp, presque à la guerre. Une heure lui restait; il était fils et père : Il voulut embrasser sa mère et ses enfants.

C'était là que la mort attendait sa victime; Il en fut épargné dans les déserts brûlants Où l'Arabe fuvant, qui recule à pas lents, Autour de nos soldats, que la fièvre décime. Rampe, le sabre au poing, sous les buissons sanglants. Mais il voulut revoir Neuilly; ce fut son crime.

Neuilly! charmant séjour, triste et doux souvenir! Illusions d'enfants, à jamais envolées!

Lorsqu'au seuil du palais, dans les vertes allées, La reine, en souriant, nous regardait courir. Qui nous eût dit qu'un jour il faudrait revenir Pour v trouver la mort et des têtes voilées!

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Quels projets nous faisions k cet âge ingénu Où toute chose parle, où le cœur est à nu! Quand, avec tant de force, eut-on tant d'espérance Innocente bravoure, audace de l'enfance!

Nous croyions l'heure prête et le moment venu: Nous étions tiers et fous, mais nous avions la France.

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