A M. ALFRED DE MUSSET
J'ai lu ta vive Odyssée
Cadencée; J'ai lu tes sonnets aussi;
Dieu merci !
Pour toi seul l'aimable Muse,
Qui t'amuse.
Réserve encore des chansons
Aux doux sons.
Par le faux goût exilée
Et voilée, Elle va dans ton réduit
Chaque nuit.
Là, penchée à ton oreille
Qui s'éveille.
Elle te berce aux concerts
Des beaux vers.
Elle sait les harmonies
Des génies, Et les contes favoris
Des péris;
Les jeux, les danses légères
Des bergères, Et les récits gracieux
Des aïeux.
Puis, elle se trouve heureuse,
L'amoureuse, De prolonger son séjour
Jusqu'au jour.
Quand, du haut d'un char d'opale,
L'aube pâle Chasse les chœurs clandestins
Des lutins.
Si l'aurore malapprise
L'a surprise.
Peureuse, elle part sans bruit
Et s'enfuit,
En exhalant dans l'espace
Qui s'efface Le soupir mélodieux
Des adieux.