‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 68 sur 88 · A MON FRÈRE · texte numérisé non relu

A MON FRÈRE

REVENAN-T D'ITALIE

Ainsi, mon cher, tu t'en reviens Du pays dont je me souviens

Comme d'un rêve, De ces beaux lieux où l'oranger Naquit pour nous dédommager

Du péché d'Eve.

Tu l'as vu, ce ciel enchanté Qui montre avec tant de clarté'

Le grand mystère :

Si pur, qu'un soupir monte à Dieu' Plus librement qu'en aucun lieu

Qui soit sur terre.

Tu les as vus, les vieux manoirs De cette ville aux palais noirs

Qui fut Florence, Plus efinuyeùse' que Milan Où, du moins, quatre ou cinq fois l'an,

Cerrito danse.

FOKSIES NOrVELLES.

Tu Tas vue, assise dans l'eau, Portant gaîmcnt son mezzaro,

La belle Gènes.

Le visage peint, l'œil brillant, Qu'\ babille et Joue en riant

Avec ses chênes.

Tu Tas vu, cet antique port.

Où, dans son grand langage mort,

Le flot murmure.

Où Stendhal, cet esprit charmant, Remplissait si dévotement

Sa sinécure.

Tu l'as vu, ce fantôme altier Qui jadis eut le monde entier

Sous son empire.

César dans sa pourpre est tombé; Dans un petit manteau d'abbé

Sa veuve expire.

Tu t'es bercé sur ce flot pur Où Naple enchâsse dans l'azur

Sa mosaïque, Oreiller des lazzaroni Où sont nés le macaroni

Fa la musique.

Qu'il soit rusé, simple ou moqueur.

N'est-ce pas qu'il nous laisse au cœur Un charme étrange,

A MON FR?:RE, revenant D'ITALIE.

Ce peuple ami de la gaîté (^ui donnerait gloire et beauté Pour une orange ?

Catane et Païenne t'ont plu.

Je n'en dis rien; nous t'avons lu;

Mais on t'accuse D'avoir parlé bien tendrement, Moins en voyageur qu'en amant,

De Syracuse.

Ils sont beaux, quand il fait beau temps, Ces yeux presque mahométans

De la Sicile; Leur regard tranquille esc ardent.

Et bien dire en v répondant

N'est pas facile.

Ils sont doux surtout quand, le S(jir, Passe dans son domino noir

La toppatelle.

On peut l'aborder sans danger, Et dire : « Je suis étranger,

Vous êtes belle. »

Ischia! C'est là qu'on a des yeux, C'est là qu'un corsage amoureux

Serre la hanche.

Sur un bas rouge bien tiré Brille, sous le jupon doré.

La mule blanche.

Pauvre Ischia ! bien des gens n'ont vu Tes jeunes filles que pied nu

Dans la poussière.

On les endimanché à prix d'or; Mais ton pur soleil brille encor

Sur leur misère.

Quoi qu'il en soit, il est certain Que l'on ne parle pas latin

Dans les Abruzzes, Et que Jamais un postillon N'y sera l'enfant d'Apollon

Ni des neuf Muses.

Il est bizarre, assurément.

Que Minturnes soit justement

Près de Capoue.

Là tombèrent deux demi-dieux, Tout barbouillés, l'un de vin vieux.

L'autre de boue.

Les brigands t'ont-ils arrêté Sur le chemin tant redouté

De Terracine ?

Les as-tu vus dans les roseaux Où le buffle aux larges naseaux

Dort et rumine ?

Hélas! hélas! tu n'as rien vu.

O (comme on dit) temps dépourvu De poésie !

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