‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 69 sur 88 · A MON FRÈRE, REVENANT D'ITALIE · texte numérisé non relu

A MON FRÈRE, REVENANT D'ITALIE

Ces grands chemins, sûrs nuit et jour, Sont ennuyeux comme un amour Sans jalousie.

Si tu t'es un peu détourné.

Tu t'es à coup sûr promené

Près de Ravenne, Dans ce triste et charmant séjour Où Byron noya dans l'amour

Toute sa haine.

C'est un pauvre petit cocher Qui m'a mené sans accrocher

Jusqu'à Ferrare.

Je désire qu'il t'ait conduit.

11 n'eut pas peur, bien qu'il fil nuit :

Le cas est rare.

Padoue est un fort bel endroit, Où de très grands docteurs en droit

Ont fait merveille; Mais j'aime mieux la polenta Qu'on mange aux bords de la Brenta

Sous une treille.

Sans doute tu l'as vue aussi, Vivante encore. Dieu merci !

Malgré nos armes, La pauvre vieille du Lido, Nageant dans une goutte d'eau

Pleine de larmes.

Toits superbes ! froids monuments !

Linceul d'or sur des ossements !

Ci-gît Venise.

Là mon pauvre cœur est resté.

S'il doit m'en être rapporté,

Dieu le conduise !

Mon pauvre cœur, l'as-tu trouvé Sur le chemin, sous un pavé,

Au fond d'un verre :

Ou dans ce grand palais Nani, Dont tant de soleils ont jauni

La noble pierre ?

L'as-tu vu sur les fleurs des prés, Ou sur les raisins empourprés

D'une tonnelle?

Ou dans quelque frêle bateau.

Glissant à l'ombre et fendant l'eau

A tire-d'aile ?

L'as-tu trouvé tout en lambeaux Sur la rive où sont les tombeaux ?

11 y doit être.

Je ne sais qui l'y cherchera.

Mais je crois bien qu'on ne pourra

L'y reconnaître,

II était gai. jeune et hardi; 11 se jetait en étourdi A l'aventure.

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