‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 71 sur 88 · ADIEU, SUZON · texte numérisé non relu

ADIEU, SUZON

Adieu, Suzon, ma rose blonde, Qui m'as aimé pendant huit jours :

Les plus courts plaisirs de ce monde Souvent font les meilleurs amours.

Sais-je, au moment où je te quitte.

Où m'entraine mon astre errant :

Je m'en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite.

Toujours courant.

Je pars, et sur ma lèvre ardente Brûle encor ton dernier baiser.

Entre mes bras, chère imprudente, Ton beau front vient de reposer.

Sens-tu mon cœur, comme il palpite ■ Le tien, comme il battait gaîment!

Je m'en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite.

Toujours t'aimant.

Paf 1 C'est mon cheval qu'on apprête.

Enfant, que ne puis-je en chemin

2B2 POESIES NOUVEr. LE S.

Emporter ta mauvaise tète, Qui m'a tout embaumé la main 1 Tu souris, petite hypocrite.

Comme la nvmphe, en t'enfuvant.

Je m'en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Tout en riant.

Que de tristesse et que de charmes.

Tendre enfant, dans tes doux adieux!

Tout m'enivre, jusqu'à tes larmes,

Lorsque ton cœur est dans tes yeux.

A vivre ton regard m'invite ;

Il me consolerait mourant.

Je m'en vais pourtant, ma petite.

Bien loin, bien vite.

Tout en pleurant.

Que notre amour, si tu m'oublies.

Suzon,dure encore un moment:

Gomme un bouquet de fleurs pâlies.

Cache-le dans ton sein charmant!

Adieu : le bonheur reste au gîte; Le souvenir part avec moi ; Je l'emporterai, ma petite.

Bien loin, bien vite.

Toujours à toi.

lN'4'j

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