‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 72 sur 88 · CONSEILS A UNE PARISIENNE · texte numérisé non relu

CONSEILS A UNE PARISIENNE

Oui, si j'étais femme, aimable et jolie,

Je voudrais, Julie,

Faire comme vous :

Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère,

A toute \p terre

Faire les yeux doux.

Je voudrais n'avoir de soucis au monde

Que ma taille ronde.

Mes chiffons chéris, Et de pied en cap être la poupée

La mieux équipée

De Rome à Paris.

Je voudrais garder pour toute science

Cette insouciance

Qui vous va si bien; Joindre, comme vous, à Fétourderie

Cette rêverie

Qui ne pense à rien.

Je voudrais pour moi qu'il fût toujours fête,

Et tourner la tête, Aux plus orgueilleux; Etre en même temps de glace et de tlamme, La haine dans l'âme, L'amour dans les yeux.

Je détesterais, avant toute chose,

Ces vieux teints de rose

Qui font peur à voir.

Je rayonnerais, sous ma tresse brune.

Gomme un clair de lune

En capuchon noir.

Car c'est si charmant et c'est si commode.

Ce masque à la mode.

Cet air de langueur !

Ah ! que la pâleur est d'un bel usage !

Jamais le visage

N'est trop loin du cœur.

Je voudrais encore avoir vos caprices.

Vos soupirs novices,

Vos regards savants.

Je voudrais enfin, tant mon cœur vous aime.

Etre en tout vous-même...

Pour deux ou trois ans.

11 est un seul point, je vous le confesse,

Où votre sagesse

Me semble en défaut.

Vous n'osez pas être assez inhumaine.

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