SLR TROIS MARCHES DE MARBRE ROSE
De falbalas et de culottes.
Que de poudre sous ces berceaux, Que de gens, sans compter les sots !
Règne auguste de la perruque.
Le bourgeois qui te méconnaît Mérite sur sa plate nuque D'avoir un éternel bonnet.
Et toi, siècle à l'humeur badine, Siècle tout couvert d'amidon.
Ceux qui méprisent ta farine Sont en horreur à Cupidon !...
Est-ce ton avis, marbre rose.' Malgré moi, pourtant, je suppose Que le hasard qui t'a mis là Ne t'avait pas fait pour cela.
Aux pays où le soleil brille.
Près d'un temple grec ou latin.
Les beaux pieds d'une jeune fille, Sentant la bruyère et le thym, En te frappant de leurs sandales, Auraient mieux réjoui tes dalles Qu'une pantoufle de satin.
Est-ce d'ailleurs pour cet usage Que la nature avait formé Ton bloc jadis vierge et sauvage (^ue le génie eut animé r Lorsque la pioche et la truelle T'ont scellé dans ce parc boueux, En t'y plantant malgré les dieux, Mansard insultait Praxitèle.
Oui, si tes flancs devaient s'ouvrir,
29» lM)I-:sil!;S NOUVELLES.
Il fallait en faire sortir Quelque divinité nouvelle.
Quand sur toi leur scie a grincé.
Les tailleurs de pierre ont blessé Quelque Vénus dormant encore, Et la pourpre qui te colore Te vient du sang qu'elle a versé.
Est-il donc vrai que toute chose
Puisse être ainsi foulée aux pieds,
Le rocher où l'aigle se pose,
Comme la feuille de la rose
Qui tombe et meurt dans nos sentiers!
Est-ce que la commune mère,
Une fois son œuvre accompli.
Au hasard livre la matière,
Gomme la pensée à l'oubli 1
Est-ce que la tourmente amère
Jette la perle au lapidaire
Pour qu'il l'écrase sans façon ?
Est-ce que l'absurde vulgaire
Peut tout déshonorer sur terre
Au irré d'un cuistre ou d'un maçon?
Février uSVj-
A MADEMOISELLE ÂNAIS
Que rien ne puisse en liberté Passer sous le sacré portique Sans être quelque peu heurté Par les bornes de la critique, C'est un axiome authentique.
Pourquoi tant de sévérité ?
Grétry disait avec gaîté :
M J'aime mieux un peu de musique Que rien. »
A ma Louison ce mot s'applique. Sur le théâtre elle a jeté Son petit bouquet poétique.
Pourvu que vous l'ayez porté, Le reste est moins, en vérité, Que rien.
SONNET
Se voir le plus possible et s'aimer seulement, Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge, Sans qu'un désir nous trompe, ou qu'un remords nous ronge. Vivre à deux et donner son cœur à tout moment.
Respecter sa pensée aussi loin qu'on y plonge, Faire de son amour un jour au lieu d'un songe, Et dans cette clarté respirer librement, — Ainsi respirait Laure et chantait son amant.
Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême. C'est vous, la tête en tîeurs, qu'on croirait sans souci, C'est vous qui me disiez qu'il faut aimer ainsi.
Et c'est moi, vieil enfant du doute et du blasphème. Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci : Oui, l'on vit autrement, mais c'est ainsi qu'on aime.