VISION DE JOB
Et la terreur alla plus avant dans mes os, Quand Timage terrible articula ces mois :
« Sur son propre mérite insensé qui se fie !
« Pitié ! quand devant Dieu Fliomme se justifie. « Seras-tu jamais pur devant ton Créateur, « Quand le ciel effrayé se voile à sa splendeur? a il a trouvé le mal dans l'ange de lumière, « Et toi, promis aux vers et né de la poussière, « Tu viens lui demander comple d'un Ion altier ! a Que peut dire l'argile à la main du potier? « Rien ; atome perdu dans le temps et l'espace , « Pour qui chaque soleil est un rêve qui passe , tt La sagesse pour toi n'eut jamais de flambeau, « Et Terreur jour à jour t'accompagne au tombeau. »
Les champs ont disparu sous d'épais bataillons , L'acier mouvant lanee mille rayons : Ainsi la mer brille étoilée , Quand, la nuit, ses vagues d'azur Se déroulent sous un ciel pur, Sur la plage de Galilée.
Bientôt, disaient ces farouches soldats, Les trésors de Sion seront notre partage , Ses murs si populeux connaîtront le veuvage; Ses (ils échappés au trépas , Si nous nous lassons au carnage , (lomme un troupeau chassé devant nos pas, Seront voués à l'esclavage....
Ainsi les derniers feux du soir Les voyaient radieux d'espoir Comme la feuille printanière. ..
L'aube les a trouvés décolorés et froids , Comme la dépouille des bois Dont l'automne a jonché la terre.
A l'heure la plus sombre , un ange a pris Tessor Vers le sommeil des infidèles , Et le bruit vengeur de ses ailes Les a réveilles dans la mort.
Et voilà que l'orgueil des forts de TAssyrie S'est dissipé dans une nuit.
Quel engourdissement succède à tant de vie, Et quel silence à tant de bruit !
Déçus dans leur soif sanguinaire , Les glaives sans lueur dorment dans le fourreau : Comme un crêpe jeté sur l'urne funéraire ,
S'affaissent les plis du drapeau.
L'axe des chars n'ébranle plus la terre ;
Le coursier belliqueux ne hennit plus d'orgueil ;
II ne fait plus bondir sa crinière superbe ;
L'éclair ne sort plus de son œil ;
Couché sur ce vaste cercueil , De son dernier soupir l'écume blanchit Therbe, Comme celle que Tonde abandonne à recueil !
Le soldat est roidi dans son manteau de guerre;
Son front si menaçant naguère S'offre pâle et mouillé par les eaux de la nuit ;
Du clairon et de la trompette
La voix matinale est muette ,
Et cependant l'aurore luit.
Partout, abattement, silence!
Seulement à l'aspect de celle proie immense On voit du noir corbeau l'aile se réjouir,
Et du loup amaigri la face resplendir.
Que l'encens d'Israël vers Jéhovah s'élève !
Dans les remparts d'Assur va régner la douleur ! Le gentil est tombé : ce n'est point par le glaive , Mais par un souffle du Seigneur.
A M. MARGELLIN DEFRESNK FILS.
La tombe qui se sent de nos pleurs arrosée Répand je ne sais quoi de saint autour de nous Qui fait que la vertu nous devient plus aisée , Et que nous échappons au céleste courroux.
86 A M. MARCELLIN DEFRESNE FILS.
Bénis soient donc le deuil et la douleur d'un père Qui sur un sol lointain ont dirigé tes pas :
L'enfant qu'on voit fidèle aux cendres de sa mère Est un enfant que Dieu n'abandonnera pas.
Je ne viens pas aussi consoler ta tristesse; Une âme la recueille aux célestes parti», Et rend grâce au Seigneur, dans sa vive allégresse , Du pieux souvenir que lui garde son fils.
Celte âme incessamment veillera sur la tienne ; Car l'amour maternel triomphe du tombeau, Surtout quand ict-bas, à la lampe chrétienne, 11 lui fut accordé d'allumer son flambeau.