‹ Poésies nouvellesChapitre 18 sur 83 · INES DE LAS SIERRAS · texte numérisé non relu

INES DE LAS SIERRAS

A LK PETRA CANARA

*Nodier raconte qu*en Espagne Trois officiers chercliant un soir Une venta dans la campagne, Ne trouvèrent qu'un vieux manoir;

Un vrai château d'Anne Radclifle, Aux plafonds que te temps ploya, Aux vitraux rayés par la grifle Des chauves-souris de Goya,

Aux vastes salles délabrées^ Aux couloirs livrant leur secret, Architectures effondrées Où Pirarièse se perdrait.

Pendant le souper, que regarde Une collection d'aïeux Dans leurs cadres montant la garde.

Un cri répond aux chants joyeux ;

D'un long corridor en décombres, Par la lune bizarrement Entrecoupé de clairs et d'ombres, Débusque un fantôme charmant ;

Peigne au chignon, basquine aux hanches, Une femme accourt en dansant, Dans les bandes noires et blai^ches Apparaissant, disparaissant.

Avec une volupté morte, Cambrant les reins, penchant le cou, Elle s'arrête sur la porte.

Sinistre et belle à rendre l'on.

^a robe, passée et fripée Au froid humide de^ tombeaux, Fait luire, d un rayon frappée.

Quelques paillons sur ses lambeaux ;

D un pétale découroimée

 chaque soubresaut nerveux,

Sa rose, jaunie et fanée,

S efi'euille dans ses noirs dieveux.

Une cicatrice, pareille A celle d un coup de poignard, Forme une couture vermeille Sur sa gorge d'un tdn blafard ;

Et ses mains pâles et fluettes, Au nez des soupeurs pleins d'eifroi Entre-choqueut les castagnettes, Comme des dents claquant de froid.

Elle danse,. morne bacchante, La cachucba sur un vieil air ^ D'une grâce si provoquante, Qu'on la suivrait même en enter*

Ses cils palpitent sur ses joues Comme des ailes d'oiseau noir ^ Et sa bouche arquée a des moues A mettre un saint au désespoir.

Quand de sa jupe qui tournoie Elle soulève le volant, Sa jambe, sous le bas de soie, Prend des lueurs de marbre blanc.

Elle se penche jusqu'à terre, Et sa main, d'un geste coquet.

Comme on fait des fleurs d'un parterre, Groupe les désirs en bouquet.

Est-ce m\ fantôme? Est-ce une femme?

Un rêve, une réalité, Qui scintille comme une flamme Dans un tourbillon de beauté?

Cette a[)parition fantasque, C'est l'Espagne du temps passé, Aux frissons du tambour de basque S'élançant de son lit glacé.

Et brusquement ressuscitéc Dans un suprême boléro, Montrant sous sa jupe argentée La divisa prise au taureau.

7G ËNÂUX ET CAMÉES.

« La cicatrice qu'elle porte,

C'est le coup de grâce donné

A la génération morte

Par chaque siècle nouveau-né.

J ai vu ce fantôme au Gymnase, Où Paris entier l'admira, Lorsque, dans son linceul de gaze, Parutja Pelra Camara,

Impassible et passionnée, Fermant ses yeux morts de langueur, Et comme Inès l'assassinée.

Dansant un poinrnard dans le cœur !

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