ANNIVERSAIRE DE CORNEILLE
S'éteignant loin des cours dans Tombre et dans l'oubli,
Sur le rayonnement de toute ton histoire,
Sur For de tes soleils, c'est une tache noire,
roi ! d'avoir laissé, toi qu'ils ont peint si beau,
Corneille sans souliers, Molière sans tombeau.
Mais pourquoi s'indigner? — Que viennent les années.
L'équilibre se fait entre ces destinées :
Le roi rentre dans l'ombre, et le poëte en sort,
Et chacun à sa place est remis par la mort.
Pour courtisans Versaille a gardé ses statues.
Les adulations et les eaux se sont tues :
Versaille est la Palmyre où dort la royauté.
Qui des deux survivra, génie ou majesté ?
L'aube monte pour l'un, le soir descend sur l'autre.
Le spectre de Louis aux jardins de le Nôtre .
Erre seul, et Corneille, éternel comme un dieu.
Toujours sur son autel voit reluire le feu
Que font briller plus vif à ses fêtes natales
Les générations, immortelles vestales !
Quand en poudre est tombé le diadème d'or.
Son vivace laurier pousse et verdit encor ;
Dans la postérité, perspective inconnue,
Le poëte grandit et le roi diminue \
FhN DE PIERRE CORNEILLE
PROLOGUE RÉCITÉ A. l'iNAUGURATION DE LA MAISON POMPÉIENNE DU PRINCE NAPOLÉON
ARBIA, couchéo sur un lit de repos, dans un sommeil léthargique.
Ai-je dormi?... mais non... j'étais morte ! Nul rêve Ne traversait la nuit de mon sommeil sans trêve. Le Mercure funèbre avait, aux sombres bords, Il me semble, conduit mon ombre ; * . . pour mon corps, Au fond du souterrain dont la voûte s'ccroulc, Les laves du Vésuve en conservaient le moule. Je serrais sur mon cœur mon coffret à bijoux j Dans ma fuite... L'écrin les t'enferme encor tous!
A remonter le temps que Mtiémosyne m*aide !
Oui.. . j'étais Arria, — femme de Diomède.
J'habitais un palais pdur sa splendeur vanté ;
Les dieux régnaient alors... on chantait ma beauté.
Ou m'aimait, quand survint T affreuse catastrophe!
Mais rajustons un peu les plis de cette étoffe^
Secouons-en la cendre avec le bout du doigt;
— Ce péplum chiffonné ne va pas comme il doit ! —
Voyons, dis, mon miroir, suisse toujours joUe?
Ne vaudrait-il pas mieux rester ensevelie?
Non, — mou œil est limpide et mon profd est pur ;
Je suis coquette encor, — donc je vis, — c'est bien suri
Mettons deux ou trois rangs de ces perles dorées,
Ce camée à Tépaule, et, par ondes lustrées,
Séparons ces cheveux où l'acanthe se tord.
-^ Deux mille ans de tombeau ne m'ont fait aucun tort !
Mais, 011 suis-je? Le Temps a-t-il cloué sa roue? Est-ce une illusion qui de mes yeux se joue?
Rien ne s'est donc passé pendant mon long sommeil, Le volcan n'a donc pas vomi son feu vermeil.
Et rhfttoire a menti ! — Pompéia vit encore ! Ce palais, que l'art grec pur et sobre décore. C'est le mien, et mon pas y marche familier.
Comme un foyer antique il est hospitalier.
Entrez, sans avoir peur du précepte archaïque : Cave caneml — le chien ne mord... qu'en mosaïque. Vous entendrez, d'ailleurs, le Cerbère bravé, L'oiseau qui dit : « Bonjour 1 » le seuil qui dit : « Salve! »
Sous le premier portique où l'on voit leurs images, Panthée et le Génie attendent vos hommage^ — Je me reconnais bien ! — Ici tout est resté Comme au temps que votre ége appelle Antiquité. Les murs de Tatrium, sur leurs parois unies, Encadrent des sujets pris aux théogonies :
Les Dieux et les Titans, les éléments divers^ Le chaos primitif d'où jaillit l'univers, La force créatrice et la force qui tue, Prométhée appliquant la flamme à sa statue, Éros, fils d'Aphrodite, et son frère Antéros, L'invention des arts, les luttes des héros Et l'évolution de la famille humaine Dans le cycle fatal où le sort la promène...
Voici l'impluvium; mais son ciel est moins pur; Pompéia n'a pas su conserver son azur.
— Que de fois, oubliant le vol de l'heure agile, Sur ce banc j'ai" relu Théocrite ou Virgile, Pendant que la cigogne, un pied dans le bassin. Immobile, rêvait, son long bec sur son sein ! Que de fois j'effeuillai les fleurs de ces arbustes. Distraite... — Hais quel est, au milieu de ces bustes, Ce marbre radieux au solennel maintien?
Je ne sais... Est-ce Mars, Apollon Pythienî
Serait-ce Jupiter? — L'aigle à ses pieds paljnte;
Une pensée immense en son front vaste habite ;
Ses yeux fixes et blancs sont ceux d'un immortel.
Dans nos temples, pourtant, il n'avait point d'autel.
Homère pour héros l'eût aimé mieux qu'Achille.
Il semble encore plus grand que le Titan d'Eschile ;
£t, sans la chaîne d'or, il pourrait de sa main
Lever toute la terre avec le genre humain !
A cette majesté sérieuse et profonde
Se devine celui qui renverse et qui fonde.
On dirait le Génie et l'Ancêtre du lieu! —
Mais je tremble, — mon toit n'abritait pas de Dieu •
Et sur. un autre front je vois, comme une flamme,
Rayonner sa pensée et revivre son âme.
— L'effroi me prend — pauvre ombre éveillée à demi,
Fantôme d'un passé qu'on croyait endormi,
J'allais, sans prendre garde aux feux de ces couronnes.
Admirant les trépieds^ les bronzes, les colonnes,
Notant chaque détail, m'éxtasiant sur tout,
Heureuse de trouver Pdmpéi toujours* debout ;
Je ne me doutais pas qù'Une docte imposture
Faisait, pour mé tromper^ mentir l'architecture ;
Que l'antique était neuf, que j'étais à Paris.
Mais un éclair soudain brillé à mes yeux surpris,
Lé réel ^'apparaît soUs un angle plus juste :
Le marbre était César, — le vivant est Auguste î — Ta villa, Diômède, a dans ses murs étroits Napoléon premier et Napoléon trois !
— Le temple est trop petit pour loger deux histoires, Et j'entends au plafond les ailes des Victoires
Qui passent sur la fête avec leurs palmes d'or, Bîittre et s'enchevêtrer, en leur rapide essor : 11 en vient de Grimée, il en vient d'Italie, ^ Et déjà la maison en est toute remplie!
Effacez-vous parois, disparaissez, ô murs!
— Mon regard voit au loin ondoyer les blés murs, La vigne, des coteaux couvrir l'amphithéâtre.
Et les voiles blanchir sur l'Océan bleuâtre.
Les peuples librement échangent leurs trésors ; De toutes parts, dans l'air, ainsi que des décors. Montent subitement d'étemels édifices ; Paris efface Rome, et, sous des cieux propices. Plane dans les rayons, l'azur et la clarté, L'oiseau de Jupiter, l'aigle ressuscité !
Evanouissez-vous, sublimes perspectives.
Votre éclat éblouit mes paupières craintives.
Si j'osais, du génie allant à la beauté, Contempler dans sa gloire et dans sa majesté
Celle dont brlUç ici la grâce souyeraine,
Et qui, sans la couronne, encor serait la reine!
Non, non : c'est trop d'audace et je baisse les yeux, Car le mortel s'aveugle à regarder les Dieux!
Pourtant j'aurais voulu, — grande était ma folie, —
Célébrer par un chant cette sœur d'Italie
Que de Sardaigne en France a conduite un hymen,
Où chaque époux tendait un peuple avec sa main ;
Vous dire sa bonté, grâce, parfum et joie
Du palais lumineux où la fête flamboie.^..
Qu'entends-je? suis-je encor dans le monde païen? , Une flûte soupire, en mode lydien.
Un de ces airs que Pan enseigne au jeune pâtre. Des acteurs, s'ajustant des masques de théâtre. Se recordent les vers de leurs rôles, tout bas; Thalie, en se chaussant, prépare ses ébats.
L'Odéon de Pompéi, relevé de sa chute, .
Représente « un Prologue » et « le Joueur de flûte, »
C'est une'pièce antique et j'en connais l'auteur...
Un jeune Gallo-Grec en fut le traducteur
Un peu libre... H s'égaye en sa verve profane;
S'il estime Ménandre, il aime Aristophane ; Mais un cœur attendri bat sous cette gBité, Son rire large et franc est plein d'honnêteté.