‹ Poésies parisiennesChapitre 12 sur 71 · SOUPERS · texte numérisé non relu

SOUPERS

A Gx\STOX DE SaINT-VALHY

Dans les soupers les plus charmants Où tout est fleurs et diamants,

Tout à la ronde, Et lumière et g-ràee et beauté, Charme du monde ou liberté

Du demi-monde ;

Quand sur les pianos lointains Expirent en sons incertains

Les valses lentes ; Et qu'en partant, le cotillon Disperse votre tourbillon,

Fêtes valantes ;

A ce bou moment de la nuit Où notre être s'épanouit

Dans l'air intime, Où vogue au hasard l'entretien Comme un navire aérien

De cime en cime ;

A cette heure aimante où l'esprit Etincelle, où l'œil s'attendrit.

Où, plus facile, Le rire aux voltigeants ébats Te laisse gazouiller tout bas,

Amour docile !

J'ai cru souvent, j'ai cru jadis Aborder dans un paradis

Qui nous délivre; Poète, causeur, amoureux, Je me suis senti bienheureux,

Heureux de vivre.

J'ai vu que l'esprit des aïeux Narguait en cor de mieux en mieux

L'humeur bourgeoise, Et qu'on trouvait sous les volants De mainte femme de trente ans

Une Gauloise !...

Mais, ù mes amis, dites-moi,

Vous qui savez mou cœur, pourquoi, Quand j'abandonne

Ma vie à ce rare loisir

Du plus romanesque plaisir Que Paris donne,

Quand j'aspire avec volupté Et ce luxe et cette gaîté,

L'âme enflammer.

Et que mon regard affermi Peut se reposer sur l'ami

Et sur l'aimée ;

Parmi ces rires et ces voix Me direz-vous pourquoi je vois

Toujours fidèle, Une femme, mon seul effroi, Immobile à côté de moi,

Parfois près d'Elle !

Sombre comme un autre Banquo.

Et sans prendre garde à l'écho

Mutin des verres, Elle fixe cruellement Sur mes yeux pleins d'enchantement

Ses yeux sévères.

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