‹ Poésies parisiennesChapitre 13 sur 71 · SOUPERS · texte numérisé non relu

SOUPERS

Si, pour plaire à deux chroniqueurs, A des mots coquets ou moqueurs

Je me hasarde, Comme pour me crier : holà !

La persécutrice, elle est là

Qui me regarde.

Elle est là jusqu'au lendemain : Elle vient me prendre la main,

Froide compagne, Glace d'un baiser mes couleurs, Et laisse se risquer ses pleurs

Dans mon Champagne.

Elle me parle en sanglotant Des absentes que j'aimais tant,

De mes reliques, Et mêle aux aimables chansons Des refrains de deuil et des sons

Mélancoliques.

Elle fait à coups de rayons La guerre à mes illusions

Folles ou sages, Et se plaît à me montrer l'art Dans le naturel ou le fard

Sur les visages.

Et je résiste vainement Au perfide ensorcellement

Qui vous énerve, Et qui dans mon cœur agité Epuise avec férocité

Les flots de verve.

Insensible au bruit tentateur Je ne suis plus qu'un spectateur

Las et morose, Et qui guette impatiemment, Sur le ténébreux firmament,

Un doigt de rose.

Mais, ô toi 1 je te reconnais, Démon nocturne qui me hais,

Sinistre altesse, Stryge assidue à mes repas, Ombre qui harcèles mes pas,

C'est toi, Tristesse !

Féyrier 61 .

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