‹ PoésiesChapitre 10 sur 85 · LA CHAPELLE · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE

Ht moi, je m'étais fait une habitude exquise

De vous attendre au seuil de la petite église

Où votre âme peut-être avait prié pour moi.

Vous vous faisiez attendre, et c'était un émoi

Délicieux de voir dans la chapelle sombre

Votre visage aimé se détacher de l'ombre

Lentement. La foi pure illuminait vos yeux

De je ne sais quel feu chaste et mystérieux :

Mais vous n'aviez pour moi ni reproches ni plaintes,

Et vous me pardonniez, comme auraient fait les saintes,

De ne jamais plier les genoux devant Dieu.

Or, ces dimanches-là, quand le ciel était bleu,

Ensemble nous allions à travers le village,

Nous suivions les rochers ensemble, puis la plage.

Vos cheveux déroulés tremblaient au vent de mei,

L'Océan nous lançait son large souffle amer,

Et nous marchions ainsi jusque sur la jetée.

— Je n'ai pas oublié cette mer enchantée,

Le ciel clair, les flots bleus balancés mollement,

Les voiles des bateaux dans un lointain charmant,

Les grands oiseaux lancés sur nous à pleines ailes,

Ni les cris des pécheurs ni les voix éternelles

Qui de la mer montaient comme un hvmne au ciel pur.

Vous sembliez sourire et marcher dans l'azur,

Gaie et fraîche, et pourtant plus pâle encor que rose :

Et moi, vos moindres mots m'attendrissaient sans cause,

Mais si profondément, que j'aurais devant vous, Comme un prêtre à l'autel, plié les deux genoux, Et que je demeurais muet, l'âme ravie, Tout épeïdu devant la beauté de la vie.

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