CONTE D HIVER
C'est vrai, vous ne m'avez jamais dit un mot tendre, Vos yeux sont restés clairs en regardant mes yeux, Mais votre esprit clément et qui sait tout comprendre N'a-t-il pas eu pitié de mon cœur soucieux?
Peut-être vous m'aimez sans vouloir me le dire, Comme dans les romans qui nous parlent d'amour; Peut-être vous cachez sous votre pur sourire Des pleurs que j'essuîrai des lèvres quelque jour.
Ce sera par un soir d'hiver dans votre chambre, La chambre rose et blanche où chantent vos oiseaux. Obscur comme aujourd'hui le grand ciel de décembre D'un humide brouillard voilera les carreaux.
La neige lentement tournoie et le vent pleure : Je suis sous votre porte et je demeure en bas. Ah ! si mon rêve est vrai, vienne vite cette heure Où la neige en tombant ne m'attristera pas!
rK,OCTURït,E
Je vis la mer en rêve; elle était bleue et claire. De grands bateaux voguaient doucement vers la terre, Des mouettes volaient doucement vers les deux, Les flots calmes étaient presque silencieux, Et moi seul, j'avançais vers le large, à la nage. Dans ces flots transparents, sous ce ciel sans nuage, Mon corps était plus jeune et mon bras plus puissant, La fraîcheur de l'eau pure apaisait tout mon sang, Et, rasant par moments les vagues de leurs plumes, Les oiseaux me jetaient de légères écumes. Oh! dans ce paysage immense et doux, pourquoi Ai-je vu tout à coup glisser auprès de moi Un bateau qui portait ma maîtresse ancienne?