‹ PoésiesChapitre 22 sur 85 · NOCTURNE · texte numérisé non relu

NOCTURNE

Toi qui, sans me donner ta vie, as pris la mienne, Pourquoi demeurais-tu debout les bras croisés? Toi qui ne m'accordais ni rires ni baisers, Pourquoi, me regardant avec mélancolie, Secouais-tu ta tête adorable et palier Vierge qui n'as pas eu de pitié pour mes maux, Triste, silencieuse, et sans dire les mots Que j'ai tant implorés de ta bouche trop fière, Tu te tenais debout, tout en blanc, à l'arrière, Et six rameurs faisaient s'avancer le bateau. C'étaient mes plus cruels ennemis, — et sitôt Qu'ils me virent lutter pour joindre mon aimée, Un sourire courut sur leur bouche fermée. Ah ! ce sourire ! il m'a fait tant de mal au cœur, C'est lui que j'ai toujours connu, fin et moqueur, Sur les lèvres qui m'ont dégoûté de la vie !

— Maitresse, je t'aimais trop fort, je t'ai suivie.

Mes ennemis ramaient avec rage, en riant ; C'était bien lui, c'était le sourire effrayant. Les mouettes suivaient notre course en silence. Moi, je nageais, le cœur plein de désespérance ; Et toi, qui t'en allais parmi ceux que je hais, Tes regards étaient doux comme si tu m'aimais.

— Oh ! dis-moi, toi qui veux ma mort et qui me charmes, Lorsque tu t'éloignais ainsi, pourquoi ces larmes

Qui coulèrent sur moi de tes grands yeux pe::

Le rivage était loin, loin les premiers récifs. Le bateau s'enfilait plus vite, à tour de rames; Et, las, abandonnant mon corps trop faible aux lames. Les bras vers toi tendus, mon désir éternel, Je m'enfonçai dans l'eau, sans regarder le ciel.

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