‹ PoésiesChapitre 50 sur 85 · L'ADIEU · texte numérisé non relu

L'ADIEU

Li ors que je la revis après tant de semaines, Tremblante, abandonnant ses deux mains dans les miennes,

Elle me dit : « Regardez-moi. »

Oh ! comme elle était pâle et mortellement belle ! Et son cœur tressaillit quand je m'approchai d'elle

Avec tendresse, avec effroi.

Je regardai longtemps son col mince, ses lèvres, Et ses sombres yeux bleus agrandis par les fièvres,

Ses beaux yeux bleus, battus et las.

Un lent sourire errait sur sa bouche pâlie, Elie me répétait avec mélancolie :

« Comme j'ai changé, n'est-ce pas? »

Et devant son sourire et sa joue amaigrie Je ne me souvins plus que sa coquetterie

M'avait tiré des pleurs de sang, Xi des jours furieux, ni des nuits insensées, Lorsque loin d'elle, au vent des tragiques pensées,

Je criais, seul et frémissant.

Tout était oublié, puisqu'elle était si triste Et si malade! Hélas! quel être humain résiste

Au charme amer de la pitié?

Je la pris dans mes bras et couvris en silence Sa tête de baisers fous, dont la violence

Me faisait vibrer tout entier.

A cette heure où déjà la mort voisine et prête Ouvrait l'enfant futile à la crainte secrète

Du divin abime inconnu, Sentant la vanité des anciens jours frivoles, Et combien je l'aimais, elle dit ces paroles,

A demi-voix : « Si j'avais su! »

Si j'avais su — le mot dernier de toute vie! Ce mot si vrai sorti de ton âme meurtrie,

Dans la joie et dans la langueur Toujours revient aux yeux obscurs de ma mémoire, Évoquer ton visage et la commune histoire

Dont j'ai trop mal guéri mon cœur.

tA^tALYSE

±A Gastsn C

L/omme Faust, exalté par le ciel et les bois, Retombe malgré lui sur la terre, à la voix Du compagnon maudit qui raille et qui blasphème, Aux heures de jeunesse où je rêve que j'aime, Je sens passer en moi le sifflement moqueur Da Mjphistophélès que chacun porte au cœur.

Ce Satan, qui jamais n'a cherché que la cause, Me prend mes passions, les tue, et puis m'expose,

qu'un médecin fait un mort d'hôpital, Les membres déchirés de leur corps idéal,

t j'éprouve a le regarde.- Plus d'attrait curieux que je n'ai de c ire.

Ma pauvre âme ressemble aux étranges tableaux Des maîtres anciens, où Ton voit des bourreaux Kcorcher lentement, et d'une main dévote, Quelque hérétique impur qui se tord et sanglote, Au milieu d'un public de bourgeois sérieux Qui, pour juger l'artiste, ouvrent tout grands les yeux.

Il6 LA VIE INQUIÈTE,

Ldi 'PENSÉE

Vous vous dites heureux parce que vous avez La nuit, entre vos bras, un corps de jeune femme, Mais étreindre un beau corps sans posséder son âme, Sont-ce là les amours que nous avons rêvés?

Vous vous dites puissants parce que vous buvez Un vin qui fait courir dans vos veines sa flamme. Pauvres fous, je vous plains autant que je vous blâme, Que vous restera-t-il des jours que vous vivez?

Celui-là seul connaît l'émotion profonde

Qui, grave, ayant cloîtré son cœur aux bruits du monde

Comme un bon moine, vit pour jeûner et prier.

Seul le labeur est vrai, la joie est insensée. Malheur au lâche à qui sa chair fait oublier La seule vie humaine et sainte : la Pensée!

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