NOSTALGIE
<A Luigi Gualdc
Il en est qui suivaient dans la campagne obscure, A l'heure où s'assoupit la paisible nature, Un chemin creux bordé de blancs rosiers en fleurs; Ils n'avaient pas vingt ans, et les yeux d'une femme Suffisaient à troubler jusqu'au fond de leur âme Ces frais adolescents aux faciles pâleurs.
Par un beau soir d'été délicieux et triste,
Un de ces soirs auxquels nul songeur ne résiste,
A l'heure où les parfums des roses sont si doux
due l'on voudrait partir au pays des étoiles,
Ils ont vu s'avancer vers eux, belle et sans voiles,
La femme qu'ils rêvaient d'adorer à genoux.
Dans l'ombre vague ils l'ont reconnue au passage ; Ils avaient si longtemps caressé son image, Et tout leur Idéal leur riait dans ses yeux. Elle-même a rougi; pourquoi? Le savait-elle? Le rossignol chantait son extase immortelle, La lune fleurissait au noir jardin des cieux.
Après avoir, en proie à cette unique envie, Rêvé de la revoir une fois dans leur vie, Ils se sont retrouvés près d'elle, et cette fois Ils ont pu lui parler, l'entendre, lui sourire. Ils l'aimaient. Ont-ils eu besoin de le lui dire? Elle-même tremblait au bruit seul de leur voix.
Comme ces fleurs des nuits qui s'ouvrent à la lune, Ceux-là seuls sont heureux dont ce fut la fortune D'épanouir leur être aux feux d'un pur amour, Loin du lit parfumé des courtisanes folles, Dont les lèvres en feu murmurent des paroles Telles que les meilleurs sont perdus sans retour.