LE RIRE TRISTE. I
Comme les soirs sont doux et beaux dans le Levant, Lorsque les hauts palmiers frémissent sous le vent, Et que les vers luisants volent sur les prairies!
Toi, cependant, monté sur des planches, tu ris, Prisonnier du vcrace et monstrueux Paris! Connaitras-tu jamais la grande et libre joie De partir sur la mer, la nuit, et de marcher Vers la lune dont l'arc semble aux mains d'un archer Mystérieux, qui rêve en attendant sa proie?...
Souvenons-nous, mon frère, et pensons à nos morts, A tous ceux dont les bras n'étaient pas assez forts Pour étouffer ce sphinx atroce, la misère, Et puisqu'il faut souffrir et rire, ami, souffrons Et rions, en songeant que nous nous en irons Près d'eux nous reposer à jamais sous la terre.
I5=> LA VIE 1NQLMETE.
CWRJPE TïIEZC
^{ î\Caurice Dtontègut.
Aime n'importe qui, mais aime, et sois heureux
D'un sourire et d'une caresse.
Laisse gronder les sots, car ce n'est pas pour eux
Que tu choisis une maitresse.
Que ce soit dans la rue ou dans les grands salons
Tout parfumés des fleurs de serre, Rien n'est vrai, rien n'est doux que les fins cheveux blonds
Et les petites mains qu'on serre.
Toute femme a l'attrait et le charme, ô songeur 1
Toute femme est une sirène :
Sois heureux de sentir encor battre ton cœur
Et suis le torrent qui t'entraîne.
Le sable de tes jours déjà presque à demi
Remplit le sablier qui penche.
Jeune Homme, pense aux jours où ton cœur endormi
Aura froid sous la pierre blanche.
l&OST^iLGIE DE L<J C%OIX
<A Jules Toissè.
Heureux l'homme qui, jeune et le cœur plein de songe: Meurt sans avoir douté de son cher Idéal, A l'âge où les deux mains n'ayant pas fait de mal Nos remords les plus vrais sont de pieux mensonges.
Heureux encor celui pour qui tu te prolonges, O sainte Illusion du rêve baptismal, Et qui, sous l'humble abri de son clocher natal, Vit et meurt dans la douce extase où tu le plonges.
Mais combien malheureux celui qui, comme moi, Brise à moitié le joug, et guérit de la foi Sans guérir du besoin généreux du martyre !
Tel qu'un mauvais soldat exilé de son rang,
Il écoute le bruit du combat qui l'attire,
Et ne sait à quel Dieu dévouer tout son sang.
CON'flDEN'CE. 1^]
COXFIDEXCE
f\ m i , nous retrouvant, après beaucoup d'années, Comme autrefois, le soir, au coin d'un feu, l'hiver, Nous avons longuement, l'un devant l'autre, ouvert Le livre de nos cœurs et de nos destinées.
Quand nous nous fûmes dit tous nos chagrins passés, Nous vîmes que les cœurs des hommes sont semblables, Et, nous sentant tous deux tristes et misérables, Nous nous sommes l'un l'autre, en pleurant, embrassés.
I '4 LA VIE IN QUI î TE.