‹ PoésiesChapitre 68 sur 85 · VERS ÉCRITS A FLORENCE. I 6 J · texte numérisé non relu

VERS ÉCRITS A FLORENCE. I 6 J

Si, courbé sur mon œuvre ardemment commencée, Dans quelque large ébauche incarnant ma pensée, J'avais prouvé ma force à ces premiers combats, J'irais droit sur la vie et ne la craindrais pas, Sûr de trouver toujours, lors du péril suprême, Un asile invincible, et sacré dans moi-même. Mais non, parmi ces vers dont j'ai déjà pitié, Où j'ai de ma jeunesse au moins mis la moitié, Je cherche en vain l'ébauche avec cœur achevée,

— Ai-je vécu ma vie ou bien l'ai-je rêvée? — L'ai-je rêvée? Aux jours où le front dans ma main Je songe aux morts sortis de cet enfer humain,

A ceux dont j'ai chéri la forme et le langage, Il me semble parfois que, dupe d'un mirage, Tout éveillé, je vais dans quelque songe obscur! O bienheureux vous tous, artistes au front pur, Toi, simple Beato, qui, pieux solitaire, Peignais avec bonheur aux murs du monastère De beaux anges, vêtus de robes à longs plis, Et vous tous, Primitifs, à jamais ennoblis Par la sincérité, qui seule est toujours forte! Vous ne saviez que peindre et qu'adorer. Qu'importe? Vous sentiez comme l'Art est grand, vous l'aimiez bien,

— Et cela, c'est la vie, et le reste n'est rien.

l62 LA VIE INQUIÈTE.

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\s ertes, le siècle est dur, et jamais ce vieux monde N'a poussé vers le ciel de plainte plus profonde, Ni plus amèrement désespéré de Dieu.

— Comme dans un palais envahi par le feu, L'or des fresques dégoutte, et les lambris crépitent, Et du bois qui se fend aux pierres qui s'effritent, La rcuge flamme ondoie en tourbillons rampants, Et du fer des balcons fait des nœuds de serpents, — Ainsi, lâchée au cœur des peuples, la science Brûle tout: rêves, mœurs, illusions, croyance; Tout croule, et dans cent ans il ne restera rien Des antiques abris où vécut l'homme ancien. Tout croule, — et l'on entend gémir sur les ruines Nos générations en proie à deux famines : Et celle de connaître et celle de jouir.

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