‹ PoésiesChapitre 70 sur 85 · A LEÇON TE DE LIS LE · texte numérisé non relu

A LEÇON TE DE LIS LE

C'est sa mère pourtant, et lorsqu'il voit ses yeux, Qu'il écoute sa voix, un choc mystérieux Le secoue, il ne peut parler, il la méprise Lui-même; et d'où vient donc que son orgueil se brise, Que tous les mots amers sont soudain oubliés Et qu'il éclate en pleurs et se jette à ses pieds?

C'est ainsi qu'en dépit de moi j'ai fait ce livre. Depuis plus de deux ans que je m'y laisse vivre, J'ignore s'il est bon et ne sais s'il plaira: La gloire est hasardeuse, et qui vivra verra, Mais du moins j'ai gravé sur la dernière page Un nom qui défendra pour toujours mon ouvrage. Tranquille, sans respect des préjugés bourgeois, J'ai, du fond de mon cœur, redit à haute voix Ce que nous pensons tous de votre fier génie. Un mot encor! Les sots jettent la calomnie Sur l'artiste trop haut assis au-dessus d'eux. ' Trop de splendeur déplaît au vulgaire piteux. Ils vous ont reproché vos grands vers impassibles Et beaux de la beauté des monts inaccessibles. Ils ont dit: « Il n'a pas souffert autant que nous. : O maître, laissez-moi leur répondre pour vous.

LA VIE INQJJIETE.

Près de Bombay, dans l'Inde, une tour isolée Se dresse, calme, haute et de palmiers voilée. C'est la tour des Pârsis, adorateurs du feu; Et dans le vaste ciel éblouissant et bleu, Par-dessus cette tour et ces palmiers, tournoie, Vol sinistre, un millier de grands oiseaux de proie. Le voyageur s'arrête et devine des morts. Là des Pârsis défunts sont exposés les corps, Sur la tour, protégés par de rudes grillages, Et de telle façon que les oiseaux sauvages En dépeçant les chairs laissent les ossements ; Et plus bas, l'océan berce ses flots dormants, Tout brûle, et l'on peut voir sur les vagues croulantes Des bandes de poissons voler, étincelantes. Votre œuvre grandiose est comme cette tour, O maître! — Vous sentez un rêve chaque jour Agoniser au fond de votre âme muette.

Mais vous êtes trop fier, ô sublime poète, Pour étaler ces morts adorés sous les yeux De la foule aux regards ardents et curieux.

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