‹ PoésiesChapitre 72 sur 85 · JEANNE DE COURTISOLS. I · texte numérisé non relu

JEANNE DE COURTISOLS. I

Heureuse d'écouter tous les mots de sa bouche, Et l'âme au même instant amoureuse et farouche, De rencontrer des yeux ses beaux yeux quelquefois.

« J'ai cru que tu m'aimais sans oser me le dire, Toi-même, un soir, au trouble ému de ton sourire. Une larme brillait sur le bord de tes yeux. Ce jour-là cette robe était fraîche et jolie, Vois! pour mourir j'ai mis, dans ma mélancolie, La robe que tes yeux aimés aimaient le mieux.

« Oh! ces fleurs du désir comme elles se brisèrent En un jour! sur mon cœur quelles craintes pesèrent, Ami, quand devant toi ma mère dit le nom De l'homme à qui j'étais par elle fiancée, Et comme j'épiais dans tes yeux ta pensée! Si tu l'avais compris comme j'aurais dit: Non!

« Tes yeux n'ont décelé ni regrets, ni colères ;

Tu m'as tendu la main comme aux soirs ordinaires.

Où donc es-tu pendant que je suis à souffrir?

Peut-être t'assieds-tu, joyeux, à quelque orgie.

Que n'ai-je les vertus de l'ancienne magie

Pour connaître où tu vis quand tu me fais mourir! »

Voici qu'elle se lève, et, tremblante de fièvre, Avec un long sourire elle porte à sa lèvre Un verre de cristal plein d'un poison puissant. Elle-même a cueilli des fleurs de digitale, Dont ses soins ont extrait cette liqueur fatale. Elle boit. Le poison alentit tout son sang.

Toute pale déjà de la mort rapprochée

Elle gagne à pas lents, et pour mourir couchée,

Son chaste lit de vierge aux suaves odeurs.

Déjà son souffle est rare, elle est toute glacée,

Mais l'aimé fait encor sa dernière pensée.

Et c'est pourquoi cette âme a passé dans les pleurs.

Vierge, celui qu'aima ta tristesse infinie,

A la même heure souffre une même agonie.

Seul dans sa chambre il passe et repasse sans bruit

Parfois; et d'autres fois il s'arrête et soupire.

Sa lampe s'éteindra sans qu'il laisse séduire

Ni son cœur ni ses veux au charme de la.

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