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.Le jardin, lorsqu'ils y venaient dans la soirée,
S'illuminait pour eux. d'une clarté dorée
Où les arbres tremblaient, où les fleurs palpitaient,
Et des parfums brûlants et suaves flottaient
Dans cet air où montaient les frémissements vagues
Des feuillages émus et des lointaines vagues;
L'Ame des fleurs, pâmée aux vents tièdes du soir,
Faisait du vert jardin un mystique encensoir;
Et les Amants, parmi les senteurs emmêlées
Des rosiers, des oeillets musqués, des azalées
Et des plantes de toute essence, à pas très lents,
Gagnaient un banc caché sous deux grands lauriers blancs,
194 peti rs POEMES.
— Un banc de marbre, étroit, intime, et d'où la vue Enveloppait l'immense et sublime étendue De la mer déjà sombre à l'Est. —
Vers l'Occident, Ils regardaient crouler le palais éclatant Que le soleil s'était construit dans la nuée, Et que la grande mer, par le vent remuée, Engloutissait. — La nuit envahissait le ciel, Et, saisi d'un transport presque surnaturel, Cédant à la beauté de cette heure si pure, Au tendre apaisement de l'immense nature, Au ciel, aux flots, aux vents de la nuit, ils laissaient Leurs lèvres lentement se prendre, et s'embrassaient...
C'était un long baiser, plus troublant que l'haleine Des fleurs dont toute l'île odorante était pleine; Un long baiser, plus frais et plus mystérieux Que la lune apparue au bord des calmes cieux; Plus infini pour eux que la mer, dont la plainte Immense leur venait mourante et presque éteinte; Un baiser plus brûlant que les étoiles d'or Qui faisaient dans le ciel délicat, pâle encor, Trembler l'obscur flambeau de la première flamme; — Un long, un long baiser de jeunesse, où leur âme Venait s'anéantir sur leurs lèvres en feu... Les constellations nocturnes, peu à peu, Éclataient dans le vaste et ténébreux espace,