‹ PoésiesChapitre 78 sur 85 · FRAGMENT D UNE IDYLLE · texte numérisé non relu

FRAGMENT D UNE IDYLLE

Et les Amants marchaient jusque sur la terrasse Sous laquelle brisait la violente mer.

Longtemps ils respiraient son large souffle amer, Puis descendaient, le cœur pris d'un désir sauvage, Aux lueurs de la lune errer sur le rivage.

La côte n'était pas abrupte; les grands flots Déferlaient cependant avec de sourds sanglots; Les galets que la lame amène, puis remmène, Semblaient râler avec une douleur humaine; Et partout, sous le dôme obscur du ciel muet, L'eau noire, frissonnante et souple, remuait ; Et rien n'était sublime à voir sur cette eau sombre Comme l'ardent reflet de la lune. Dans l'ombre C'était un serpent d'or qui, jusqu'à l'horizon, Prolongeait un splendide et monstrueux frisson ; Plutôt encor c'était un magique sillage, Et tel qu'en dut tracer la barque où dans l'orage Le Christ dormait, parmi les siens épouvantés. Et tous les deux alors, attendris, exaltés, Comme des écoliers vont à la découverte, S'aventuraient le long: de la côte déserte...

C'étaient des sables fins parfois et doux aux pieds, Miraculeux tapis pour eux seuls dépliés;

iç6 PETITS POÈMES.

De claires flaques d'eau luisaient, miroirs féeriques,

Où la lune noyait ses yeux mélancoliques.

Ailleurs, — comme à la voix de leurs rudes bergers

Se groupent des taureaux farouches, — des rochers

Pelotonnés au bas d'une dune échancrée

Semblaient barrer la route et défendre l'entrée

Des palais enchantés d'un prince de la Mer.

Et les deux Amoureux, — quand le ciel était clair,

De sa clarté de ciel d'Orient, veloutée, —

De roc en roc, gagnaient une grotte abritée

Au cœur de la falaise. — Ils aimaient à s'asseoir

En écoutant pleurer les vagues, sans les voir,

Sur les bancs naturels de la grotte secrète

Où, pendant bien des ans et des ans, la tempête

Sans doute avait rugi; — mais qui, vide aujourd'hui

Et calme, n'entendait d'autre bruit que celui

D'une eau qui lentement et du haut de la voûte

Dans un pur réservoir tombait goutte par goutte.

Mais plus que le rivage, où la nacre d'argent Des coquilles jetait son vague éclat changeant, Plus que les rocs et leur toison d'algue marine, Plus que la grotte, à mi-chemin de la colline, Et sa fraîcheur si douce après les feux du jour, Le frais, le sur abri qu'adorait leur amour, C'était un petit bois d'oliviers, tout en pente, Mais d'une pente molle, heureuse, et nonchalante.

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