IA MARQUISE DE MOKÈDE
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En décembre. A Paris. — Verte et froide, la Seine Sous les ponts lentement roule son eau malsaine. L'après-midi d'hiver a des langueurs de soir, Et l'intense brouillard aux ténèbres accrues Fait une mer jaunâtre où les angles des rues Enfoncent comme un cap tempétueux et noir.
La puissante rumeur de la foule affairée
Jette un grand bruit de flots montant une marée.
— Tumulte exaspéré des travaux violents ! —
Le brouillard s'épaissit. Chaque voiture allume Ses yeux rouges et verts qui sillonnent la brume, Où le gaz a déjà piqué ses feux tremblants.
Comme son noble hôtel est l'oasis tranquille
Dont aux plus mauvais jours la clameur de la ville
X"a jamais violé les asiles fleuris,
La marquise Marie-Annette de Morède
Rêve en silence au fond du salon calme et tiède,
Et ne sait pas quelle heure a sonné sur Paris.
Sur cette chaise longue où repose sa grâce,
Un coussin précieux soutient sa tête lasse
Que ses lourds cheveux blonds semblent appesantir.
De ses yeux bleus changeants, où flotte un sortilège,
L'azur parfois est clair comme un ciel de Norvège,
Et sombre d'autres fois comme un brûlant saphir.
Et la pale batiste et la dentelle ancienne Enveloppent, ainsi qu'une ombre aérienne, Son corps royal et mince, indolemment couché: Et son pied sort des plis vaporeux de sa robe; d frêle, nerveux, enfantin, que dérobe La mule de velours qui n'a jamais marché.