‹ Poésies posthumes, 1874-1876Chapitre 11 sur 55 · A EMILE SALON E · texte numérisé non relu

A EMILE SALON E

J'aime à fumer la pipe en hiver, près du feu, Le soir, quand au dehors la tempête résonne ; La pluie et le fracas des vents m'importent peu,* Quand ma pipe est fumante, et quand ma main tisonne!

J'aime la cigarette au printemps, quand les fleurs S'entr'ouvrent le matin, aux baisers de l'aurore; Quand chantent les oiseaux; quand la rosée en pleurs Tombe sur les bourgeons et les vient faire éclore !

J'aime encore à fumer le cigare en été, Quand les rayons ardents du soleil étincellent, Et répandent sur moi, tout plein de volupté, La joyeuse chaleur qu'en leur sein ils recèlent !

Quand l'automne est venu, tout démoralisé, J'aime indifféremment cigares, cigarettes, Ou pipes; car l'automne est l'époque où, blasé, L'homme a vu s'envoler ses passions secrètes !

SELENISME

LU

ne nuit, malheureux amant, la mort au cœur, Je marchais triste et seul sur le bord de la dune. Quand je vis, réjouie et blafarde, la Lune, Qui me narguait d'un air ricanant et vainqueur.

Rayonnante au milieu des étoiles en chœur. Rieuse, elle planait sur L'immensité brune, Et, projetant sur moi sa lueur importune, Elle me contemplait de son grand œil moqueur.

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