‹ Poésies posthumes, 1874-1876Chapitre 24 sur 55 · AU BAL · texte numérisé non relu

AU BAL

Tendant qu'autour de moi gaîment Aux éclats de l'orchestre on danse, Que les parents soignent leur panse, Et que l'amante tendrement

S'abandonne aux bras de l'amant, Morne et silencieux je pense A tous ceux qui n'ont pas de chance Et qui languissent tristement ;

A tous ceux qui, dans la détressa , N'ont jamais connu de maîtresse; Qui n'ont pour unique boisson

Que l'eau de Seine ou de citerne, Et ne chantent qu'une chanson :

« Les Aristos à la lanterne ! »

A UNE PLANTE VENENEUSE

v> e qui me fait avoir pour toi tant de tendresse Ce n'est pas ton parfum troublant et savoureux. Qui suscite un essaim de rêves langoureux, Ni ta couleur, qui fait si bien dans une tresse!

Non. Ce que j'aime en t>>i, c'est que, plante traîtresse Qui caches dans ton soin un poison généreux, Tu renfermes l'unique espoir des malheureux, La Mort, mon adorée et superbe maîtresse !

Ce qui me plaît en toi, c'est que, quand je voudrai

Faire cesser de battre un cœur désespéré,

Un cœur qui n'a jamais connu que la souffrance,

Je n'aurai qu'à sucer ton venin redouté, Et tu me donneras, suprême délivrance, L'anéantissement ou l'immortalité!

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