‹ Poésies posthumes, 1874-1876Chapitre 36 sur 55 · A UNE FEMME · texte numérisé non relu

A UNE FEMME

1 u m'as trahi : c'est bien. Devais-je donc m'attendre. O femme, de ta part à de longues amours ? Et devais-je espirer qu'affectueuse et tendre, Tu me conserverais ton cœur aux mauvais jours?

Je t'aimai follement, et mon âme en ivresse Pensa trouver en toi de la fidélité; Je t'aimai d'un amour gai comme une caresse, Pur et resplendissant comme un soleil d'été !

Mais sans doute le ciel sombre, dans sa colère, Jaloux du doux espoir que nourrissait mon cœur, A voulu me punir d'avoir pu sur la terre Un instant seulement aspirer au bonheur !

QO POESIE» POSTHUMES.

Le brouillard qui cachait ta trahison infâme A mes yeux aveuglés bientôt s'est dissipé. Et bientôt j'ai connu ce que valait ton âme. Je rends grâces à Dieu de m'avoir détrompé!

Comme un éclair qui luit au milieu de l'orage. Ton amour dans ma vie un moment a brillé : Sans finir ta chanson, pauvre oiseau de passage. Si vite loin de moi pourquoi t'être envolé ?

C'est toi qui l'as voulu. Va donc! Je t'abandonne Au funeste avenir qu'il te plaît d'affronter. Tu m'as fait bien du mal; mais je te le pardonne. Pour le peu de bonheur que tu m'as fait goûter !

Adieu donc pour toujours, ô femme trois fois femm. Par les attraits, l'orgueil et la fragilité ! Un instant a suffi pour éteindre la flamme Qui brûlait pour toi seule en mon coeur enchante !

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