A M. PRÉVOST-ROUSSEAU
Maire de Champigny-sur-Marne en 1870-1871
J e t'aime comme un frère, ô bon peuple allemand, Peuple plein de grandeur, étincelant de gloire, Peuple de l'amour pur, peuple du sentiment. Toi qu'a couronné la victoire !
Toi dont l'armée immonde a brûlé nos cités. Ravagé nos moissons et violé nos filles, Toi don: les noirs obus et les fers détestés Ont mis le deuil dans nos familles !
Mais, hélas ! Allemands, c'est notre faute à nous, Si vos grands pieds si lourds ont foulé notre France! C'est parce qu'autrefois vos pères à genoux Ont éprouvé notre clémence;
POESIES POSTHUMES. I2j
C'est que nous avons eu notre moment d'erreur, Lorsque victorieux, grand comme Charlemagne, Alors qu'il la tenait mourante, l'Empereur N'a pas achevé l'Allemagne !
Puissions-nous nous baigner, du moins, dans votre sang! Puissions-nous dignement racheter notre faute, Et sur vos corps maudits, d'un élan tout puissant, Marcher triomphants, l'épée haute!
Oh ! puissions-nous bientôt voir venir le moment Où, sur toi déchargeant nos sanglantes colères, Nous irons te prouver, ô bon peuple allemand, Que nous t'aimons comme des frères !