‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 10 sur 76 · I.KG IvNDES ET POHMHS · texte numérisé non relu

I.KG IvNDES ET POHMHS

Ses robustes poumons sous la large iHUipelle Savent entretenir une tlammo éternelle; Heparde-lc, peuelié sur le métal qui boni : Il t'invoque, il t'attend: — Allons, l'ianiel. debout!

Quitte des trépassés la lugubre demeure, L'instant du grand travail est venu. Voiei l'iieure Où l'bomme, dévoré par son activité.

Emplit de ses rumiuirs l'orgueilleuse cité, L'heure où h\ mouvement arrêté rerommenee, L'heure où l'essaim perdu dans cette ruche immense Se disperse, et cherchant sa route par les airs Au seul bruit de son vol réveille l'univers! L'esprit des temps nouveaux accomplit des merveilles L'homme use tous ses jours, use toutes ses veilles Pour atteindre le but par toi longtemps chei'ché ; En rampant, dans la. nuit, sans cesse il a marché : Salomon, Zoroaslre et les maîtres antiques, Guillaume, Averroës, ces fervents hermétiques, Retrouveraient ici tous les initiés Parcourant les chemins où saignèrent leurs pieds; Paracelse, avec l'or conjurant l'agonie.

Entendrait mille voix acclamer son génie, Et pour vider la coupe, objet de tous leurs vœux-, ^'err^it surgir encore un peuple de lépreux I

La nuit a replié son voile léthargique;

De Méphistophélès prends le manteau magique,

Viens, Flamel ! Entends-tu cet orage de cris

Qui monte jusqu'à nous en grondant : c'est Paris!

Là, chaque cerveau pense à trouver le problème :

Qu'importent les moyens quand le Lut est le même?

Tu veux voir le creuset: regarde? le voilà;

Le travail s'accomplit : les chercheurs d'or sont là !

Car je n'appelle pas de ce titre sublime Ceux qui, bravant des mers le redoutable abîme. Alléchés par l'appât du gain, sous d'autres cieux Vont dérober au sol le métal précieux; Émigrants hasardeux, mercenaires avides, Qui vers la lin du jour, exténués, livides, Revenant au logis, jiour apaiser leur faim, Changent un morceau d'or contre un morceau de pain! Laissons l'outil brutal, bouleversant la terre, Fouiller péniblement le dépôt aurifère ; Laissons scruter le lit du fleuve, et sous le choc De la pioche de fer raisonner le vieux roc; Laissons à leur métier ces orpailleurs vulgaires: Ils peuvent s'enrichir, on no s'en émeut guères ;

ET POEMES

L'un d'eux sèmerait l'or qu'il a pris, sur ses pas L'alchimiste en haillons ne se baisserait pas, Dût-il le lendemain expirer de misère : Qu'importe le métal qu'on dérobe à la terre? Franklin au ciel jaloux a su ravir le feu : Gomme lui, nous voulons arracher l'or à Dieu !

Paris soutient la lutte avec la Providence ; C'est là que le chercheur désagrège ou condense Les éléments impurs, mystérieux, épars , Vers ce creuset humain venus de toutes parts, Travail qu'on ne saurait tenter hors de ce gouffre Où grandit ce qui pense , où rampe ce qui souffre , Où l'immense Babel a pu se redresser En défiant le ciel d'oser la ronvorsor!

L'air qu'on respii'o ici saisit, donne la lièvre; Les éclairs du regard, les baisers de la lèvre. Le geste, la démarche et le son de la voix, Tout enfin, tout indique et démontre à la fois Dos désirs insensés, des ambitions viles. Des forfaits enfouis dans la fange des villes!

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(rest un labeur fatal, inflexible, incessant, Qui dessèche la lèvre et qui tarit le sang; (l'est un écueil perfide où tout navire échoue. Balloté dans le crime, ou scellé dans la boue, (l'est un concert affreux de lamentations, L'héritage maudit des générations (^ui, foulant t(jur à tour cette terre ennemie, Ont récolté le rrime ou semé l'infamie!

Maître, examine bien tous ceux qui passeront, Étudie un instant les rides de leur front ; Ils commencent leur œuvre, et tu peux reconnaître Jusqu'à quel point l'élève a dépassé le maître : Le secret est trQuvé; gloire au siècle nouveau! Tu peux souffler la flamme et briser le fourneau! — Tiens : voici les fervents, les âmes occupées. Les vendeurs de discours et les vendeurs d'épées , Les trafiquants d'argent, les trafiquants d'honneur, Qui mettraient en coupon, leur patrie et leur sœur, Les artistes déchus, sans espoir, sans courage, Qui, pour vivre de l'art, le font à leur image, Les hardis charlatans, banquiers, banqueroutiers, Industriels, roués, filous, boursicotiers,

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Dont la cote redit chaque juiir les oraclet^.

Et qui font de leur temple une Cour des Miracles.

Bohémiens en frac noir, coupe-jarrets gantés.

Entrepreneurs tarés de trafics éhontés.

Trihuns menteurs, sachant tout prouver, tout défendre.

Et qui, toujours vendus, n'en sont pas moins à vendre :

L"un trouve la fortune en propageant Terreur,

L'autre, perdu de nom, de débauche et d'horreur.

Se plonge dans la honte et dans l'ignominie :

Celui-ci vend le Dieu que celui-là renie,

Et c'est de par le monde un tel débordement .

Un tel esprit de lucre, un tel aveuglement,

Que devant cet amas de castes, de doctrines.

D'enfants déshérités s'arrachant des ruines.

Devant ce flot, que rien ne saurait contenir.

Dieu se voile la face, et n'ose pas punir!

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0 vieux maître, ton front s'obscurcit et se penche Devant ces vérités que mon esprit épanche ; Ce n'est pas là le but où tendaient tes travaux, Ton art est profané par ces impurs rivaux ! Espère encor. Regarde, au sein de ce vieux monde . Ces travailleurs penchés sur leur œuvre féconde.

i: LÉGENDES ET POEMES

Pour eux, le ciel contient sa sombre inimitié, Sentiment de justice et non pas de pitié ; Il est encore ici des savants, des poètes, Qui font monter vers lui leurs âmes inquiètes, Et loin de ces sentiers, pleins de doute et d'effroi. Suivent l'Apre chemin qui conduit à la foi ! Leur esprit, dépouillé d'aflection charnelle, Rattachant les anneaux de la chaîne éternelle , Sans se décourager cherche la vérité.

Heureux de son labeur, fier de sa liberté ! Les temps arriveront, l'œuvre sera finie; Le seul creuset debout, c'est celui du génie. liCs disciples sont prêts, leur cœur est éprouvé. Avant demain , peut-être , ils crîront : c J'ai trouvé I »

1855. — 15 octobre.

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