LA DUNE
J"ai gi'avi, triste et seul,!.'! dune triste et nue, Où la mer fait gémir sa plainte continue, La dune où vient mourir la vague aux larges plis, Monotone sentier aux tortueux replis.
De grands nuages noir sur le ciel d'un bleu pâle Roulaientleursfloconslourds et contournaient leurs flancs, Le soleil, décrivant sa courbe occidentale, Perçait leur voile cpais de ses rayons sanglants.
La canipiinuk' blanche, au sein du sable jaune, Dans l'berbf^ rude et sèche , av^c liinidilé , Penchait languissammcnt sa tremblante couronne, Pour éviter du vent la sauvage àpreté.
LÉUENDKS l'IT l'OKMKS !'•
) ca sent'uyant sur les grèves humides, ,t obliquement do grands sillons tigrés ; in rasant le flot, les goélands rapides lient, emplissant l'air de cris désespérés.
lel tumultueux et noir, plein de tempêtes , blait de la falaise écraser les hauteurs ; vagues en hurlant vers lui dressaient leurs tètes. nBC dans une arène un peuple de lutteurs !
rage soulevait au loin les flots saumàtres , portait la terreur en leurs rangs confondus, imme dans une plaine, aux cris rauques des pAircs, .ondissent haletants les troupeaux éperdus !
e vent du Nord disait au Ilot : Esclave, avance ! /Océan, irrité d'olièir à ses lois, ^lugissait.— ^[;lismoncœur, oùgrondait lasoutlVance, Parlait plus haut cncor que ces deux grandes voix.
J'ai gravi, triste et seul, la dune triste et nue Où la mer fait gémir sa jjlainte continue, La dune où vient mourir la vogue aux larges pli^ Monotone sentier aux tortueux replis.
O nature stérile ! ù perspectives mornes ! Dune, désert de sable auprès des Ilots déserts ; Plaine immense, horizon large, qui n"a pour borne.'^ Que le ciel se perdant au sein des vastes mers ;
Tu représentes Inen pour mon âme soulTrante, La vie, âpre sentier qu'elle doit affronter : C'est bien là cette route eflfondrée et mouvante , Où l'on ne peut poser le pied sans hésiter !
Comme le goéland, l'espérance rapide Effleure de son vol le gouffre de nos jours ; Mais bientôt secouant dans l'air son aile humide, Dans la brume des ans elle fuit pour toujours ;
Les passions du cœur, impétueuses vagues, Se tordent sous le vent de l'appétit charnel ; L'âme, pleine de voix menaçantes ou vagues, Déchaîne dans l'esprit un orage éternel.
Ainsi va l'existence, hélas ! tout s'y ressemble ! Le pas qu'on fit hier on le fera demain ; Tout cela pour mener à la mort qui rassemble Sous un ciel ignoré le pâle genre humain ;
Et pour dire, en voyant cette rive inconnue, A l'heure où du linceul vont se fermer les plis : '< J'ai gravi, triste et seul, la dune triste et nue, « Monotone sentier aux tortueux repUs ! »
Octobre 18i4.